On the coinage of the Spanish Netherlands

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Les monnaies de la période espagnole

Les monnaies de la période espagnole illustrent bien la période troublée de répressions et de révoltes, pendant laquelle furent créées les Dix-Sept Provinces et le Cercle de Bourgogne, suivie de celle qui vit leur éclatement en République des Sept-Provinces et en Pays-Bas méridionaux. Les émissions successives dans les différentes provinces reflètent de près la longue série de guerres, de sièges et de batailles qui eurent lieu sur les territoires du Nord et du Sud.

(The coins of the Spanish period illustrate well the troubled period of repression and revolt, during which was created the sixteen provinces of the Burgundian Circle, followed by the declaration of the Republic of the Seven Provinces and the southern Low Countries. The successive emissions from the different provinces reflect the influence of a long series of wars, sieges and battles that occurred in the region.)

Charles, duc de Luxembourg, archiduc d’Autriche, roi d’Espagne et empereur du Saint Empire

(Charles, duke of Luxemburg, archduke of Austria, king of Spain and emperor of the Holy Roman Empire).

Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, qui avait épousé l’archiduc Maximilien d’Autriche, mourut en 1482, à l’âge de 25 ans, suite à une chute de cheval. La même année, le traité d’Arras entre Maximilien et Louis XI confirma la cession de la Bourgogne à la France. Pendant la minorité de son fils aîné, Philippe le Beau, la régence fut exercée par Maximilien. Suite à la guerre avec la France qui avait repris en 1490, Maximilien récupéra en 1493 par le traité de Senlis l’Artois et la Franche-Comté (ou comté de Bourgogne, occupée par Louis XI après la mort de Charles le Téméraire en 1477 et restituée par Charles VIII en 1493). En cette même année 1493, l’empereur Frédéric III décéda et son fils, Maximilien, roi des Romains fut élu empereur. Après le mariage de Philippe le Beau avec Jeanne, l’infante d’Espagne, fille des rois catholiques, les Pays-Bas unifiés par les ducs de Bourgogne allaient passer progressivement sous la domination espagnole. Le premier fils de Philippe et Jeanne, né à Gand le 24 février 1500, fut nommé Charles en souvenir de son arrière-grand-père, Charles le Téméraire, et reçut le duché de Luxembourg et le collier de la Toison d’or. Après la naissance de son petit-fils, Maximilien avait signé un traité avec Louis XII par lequel Charles épouserait Claude, la jeune fille de Louis XII. Ce traité de Blois (22 septembre 1504) stipulait que si Louis XII mourait sans enfants mâles, Charles, comme futur époux de Claude de France, succèderait à Louis dans les duchés de Bourgogne, de Milan, de Gênes et de Bretagne, dans le comté d’Artois et à Blois. Louis XII fit ensuite annuler le traité de Blois et le mariage projeté qui assuraient à Charles la Bourgogne et l’Artois. Claude fut fiancée à François d’Angoulême, héritier présomptif du trône, le 14 mai 1506.

(Mary of Burgundy, daughter of Charles the Rash, who had married archduke Maximilian of Austria, died in 1482, at the age of 25 years following a fall from a horse. The same year, the treaty of Arras between Maximilian and Louis XI confirmed the cession of Burgundy to France. During the minority of his oldest son, Philip the Fair, the regency was exercised by Maximilian. Following the war with France which resumed in 1490, Maximilian recovered in 1493, by the treaty of Senlis, Artois and Franche-Comté, occupied by Louis XI after the death of Charles the Rash in 1477 and restored by Charles VIII in 1493. In this same year, the emperor Frederick III died and his son Maximilan, king of the Romans, was elected emperor. After the marriage of Philip with Jeanne, princess of Spain, daughter of the Catholic Kings, the Low Countries unified by the dukes of Burgundy passed progressively under Spanish domination. The first son of Philip and Jeanne, born at Ghent on February 24, 1500, was named Charles after his great grandfather, Charles the Rash, and received the duchy of Luxemburg and the Order of the Golden Fleece. After the birth of his grandson, Maximilian signed a treaty with Louis XII, by which Charles was betrothed to Claude, the young daughter of Louis XII. The treaty of Blois (September 22, 1504) stipulated that if Louis XII should die without male heirs, Charles, as future spouse of Claude of France, would succeed Louis to the duchies of Burgundy, Milan, Geneva and Brittany and the counties of Artois and Blois. Louis later annulled the treaty and the marriage project but confirmed Charles in possession of Burgundy and Artois. Claude was affianced to Francis of Angouleme, presumptive heir to the throne, on May 14, 1506.)

Devenus rois de Castille à la mort d’Isabelle, le 26 novembre 1504, Philippe et Jeanne firent frapper des réaux d’Espagne à Anvers et à Bruges en 1505 (voir au catalogue, n° 791), destinés à financer les frais de leur voyage en Espagne. Ces réaux furent presque tous refondus et sont très rares. Le réal était alors la monnaie d’argent de l’Espagne unifiée sous Ferdinand et Isabelle. Philippe le Beau mourut pendant ce voyage en Espagne le 25 septembre 1506 et son fils Charles hérita des Pays-Bas à l’âge de six ans. La régence ne put être confiée à sa mère, tellement bouleversée par la mort de son mari qu’elle fut surnommée depuis Jeanne la Folle. Le gouvernement de la Castille fut confié à Ferdinand et celui des Pays-Bas à l’empereur Maximilien qui exerça pour la seconde fois la régence. Trop absorbé par les affaires de l’Empire, Maximilien délégua sa fille Marguerite d’Autriche, tante de Charles de Luxembourg, comme gouvernante (1506-1530). S’étant joint à la Sainte Ligue en 1512, Maximilien contribua à l’expulsion des Français hors de l’Italie en laissant passer les troupes suisses du pape par le Tyrol. Louis XII se vengea ensuite de la défection de l’empereur en Italie et tourna ses troupes contre les Pays-Bas en 1513. La gouvernante s’était cependant déjà assuré le soutien d’Henri VIII d’Angleterre, mari de Catherine d’Aragon, fille des rois catholiques et tante de Charles. Trente mille Anglais débarquèrent bientôt à Calais et se joignirent aux troupes des Pays-Bas. Maximilien arriva d’Allemagne sans troupes et servit comme expert militaire dans l’armée commandée par le jeune Henri VIII. Les Français furent battus à Thérouanne, le 7 août 1513. Tournai, chef-lieu de la seigneurie du Tournaisis annexée à la France depuis Philippe Auguste, fut prise par les Anglais le 21 septembre 1513 et Henri VIII se déclara souverain de la ville. De 1513 à 1518, il y fit frapper des gros de type anglais à la tête du roi et au revers, l’écu de France et d’Angleterre entouré de la légende Civitas Tornacens (avec, comme différent d’atelier de Tournai, un T couronné). Le traité de Londres (7 août 1514) acheva la pacification provisoire de l’Europe. François Ier et Henri VIII convinrent du mariage du dauphin et de Marie d’Angleterre afin de rester en possession de Boulogne et de Tournai. Par le traité de Londres du 4 octobre 1518, Tournai fut rachetée par la France pour la somme de 600.000 couronnes d’or et la ville fut remise aux Français le 9 février 1519.

(Becoming rulers of Castile on the death of Isabella on November 26, 1504, Philip and Jeanne struck Spanish-style reales at Antwerp and Bruges in 1505, destined to finance the cost of their voyage to Spain. These reales were nearly completely remelted and are very rare. The real was modeled on the real of unified Spain under Ferdinand and Isabella. Philip the Fair died during the voyage to Spain, Septenber 25, 1506, and his son Charles inherited the Low Countries at the age of six years. The regency was not given to his mother, driven insane by the death of her husband and now known as Jeanne the Crazy. The government of Castile was confided to Ferdinand and that of the Low Countries to the emperor Maximilian, who exercised the regency for the second time. Too absorbed in the affairs of the empire, Maximilian delegated to his daughter, Margaret of Austria, aunt of the young Charles, the government (1506-30). Having joined the Holy League in 1512, Maximilian contributed to the expulsion of the French from Italy and left the Swiss troops hired by the Pope in Tyrol. Louis XII took his vengeance by turning his troops against the Low Countries in 1513. However, the government had the help of Henry VIII, husband of Catharine of Aragon, daughter of the Catholic Kings and aunt of Charles. Thirty thousand English soldiers debarked at Calais and joined the troops of the Low Countries. Maximilian arrived from Germany without troops and served as military expert to the army led by the young Henry VIII. The French were defeated at Therouanne, August 7, 1513. Tournai, the seat of the lordship of Tournaisis, part of France since its annexation by Philip Augustus, was taken by the English on September 21, 1513, and Henry VIII was declared lord of the city. During 1513-18, he struck there groats of the English type with the head of the king and the shield of France and England on the reverse and the legend “Civitas Tornacens”. The treaty of London (August 7, 1514) achieved the provisional pacification of Europe. Francis I and Henry VIII contracted the marriage of the Dauphin to Mary of England and Henry remained in possession of Boulogne and Tournai. By the treaty of London of October 4, 1518, Tournai was sold to France for 600,000 gold crowns and the town was returned to the French on February 4, 1519.)

L’unification territoriale des Pays-Bas sous Charles Quint

Par le jeu des successions et des alliances matrimoniales, Maximilien était parvenu à rassembler l’héritage des ducs de Bourgogne, des Habsbourg et des rois catholiques entre les mains de l’archiduc Charles, Prince national des Pays-Bas, qui devint le plus puissant souverain de son temps. Durant tout son règne, Charles s’attacha à réunir à son patrimoine les terres des Pays-Bas qui n’en faisaient pas encore partie. En 1515, le duc Georges de Saxe, qui avait succédé à Albert de Saxe, gouverneur de Frise, au nord du Zuiderzee, et était incapable de s’y maintenir, céda ses droits sur la Frise (Friesland) à l’archiduc. Au décès de Ferdinand d’Aragon, le 23 janvier 1516, l’archiduc Charles devint gouverneur puis, le 14 mars 1516, succéda à son grand-père sur le trône d’Espagne, en Sardaigne, en Sicile, à Naples et dans les territoires du Nouveau Monde découvert par Christophe Colomb. Charles fit la paix avec François Ier par le traité de Noyon (13 août 1516) qui prévoyait le mariage de Charles et Louise, la fille unique de François Ier, âgée seulement d’un an. Le 8 septembre 1517, conseillé par Maximilien, l’archiduc Charles qui était resté dans les Pays-Bas, s’embarqua finalement pour l’Espagne à Flessingue (Vlissingen) pour se rendre dans son royaume. Lorsque Maximilien mourut le 15 janvier 1519, Charles se porta candidat au trône impérial. S’inspirant de l’empire romain et de l’empire carolingien, il entendait imposer une nouvelle Pax Romana et réformer l’Europe. Il exprima son ambition de la manière suivante : « En tant qu’empereur je pourrai faire de grandes choses, je pourrai non seulement préserver, mais augmenter les domaines que Dieu nous a confiés. Je pourrai rétablir la paix et la sécurité dans la Chrétienté... Ce n’est que dans l’union que nous pourrons tous les deux [Charles et son frère Ferdinand] réaliser notre grande tache ». Largement financé par le banquier allemand Fugger et après que le comte Henri de Nassau et Franz von Sickingen, à la tête de trois armées de mercenaires, eurent occupé Francfort, Charles fut élu à l’unanimité empereur du Saint Empire Romain Germanique le 28 juin 1519. Charles V se trouva à la tête des biens patrimoniaux des Habsbourg en Europe centrale et dans les Pays-Bas. Comme roi d’Espagne et de ses possessions, sous le nom de Charles Ier, il devint le souverain le plus puissant de l’Europe du 16e siècle. En remerciement de son soutien financier, Anton Fugger reçut la seigneurie de Weissenhorn et le droit d’y frapper des florins d’or portant les légendes Ant. Fugger D(ominus) in Weissenorn et Carol. V Ro. Imp. Augus. munus, présent de l’empereur Charles V (1357).

(By the luck of succession and matrimonial alliances, Maximilian managed to reassemble the inheritance of the dukes of Burgundy, the Hapsburgs and the Catholic Kings into the hands of archduke Charles, national prince of the Low Countries, who became the most powerful sovereign of his time. During his entire reign, Charles attempted to reunite his patrimony of the lands of the Low Countries and never again divide them. In 1515, George, duke of Saxony, having succeeded Albert of Saxony, governor of Frisia, to the north of the Zuider Zee and being incapable of maintaining his rights, ceded those rights to the archduke. On the death of Ferdinand of Aragon on January 23, 1516, archduke Charles became governor and on March 14, 1516, succeeded his grandfather to the throne of Spain, Sardinia, Sicily, Naples and those territories of the New World discovered by Christopher Columbus. Charles made peace with Francis I by the treaty of Noyon (August 13, 1516) and provided for his marriage to Louis, only daughter to Francis I, aged one year. On September 8, 1517, counseled by Maximilian, the archduke Charles finally left the Low Countries for Spain. When Maximilian died on January 15, 1519, Charles was the candidate for the imperial throne. Inspired by the Roman empire and the Carolingian empire, he intended to impose a new Pax Romana and reform Europe. He expressed his ambition in the following manner: “As emperor I can accomplish great things; I would not only preserve but augment the domains that God has confided in us. I would reestablish peace and security throughout Christendom.” Largely financed by the German banker Fugger and after Henry of Nassau and Francis of Sickingen, at the head of three armies of mercenaries, had occupied Frankfurt, Charles was unanimously elected Holy Roman Emperor on June 28, 1519. Charles V found himself at the head of the patrimonial estate of the Hapsburgs in central Europe and the Low Countries. As king of Spain and its possessions, under the name of Charles I, he became the most powerful sovereign in Europe in the sixteenth century. In thanks for his financial assistance, Anton Fugger received the lordship of Weissenhorn and the right to strike gold florins.)

En 1521, les troupes de Charles Quint, commandées par le comte Henri de Nassau, mirent le siège devant Tournai que François Ier avait récupérée par le traité du 4 octobre 1518 avec Henri VIII. La ville capitula le 2 décembre 1521 et Charles Quint ajouta définitivement Tournai et le Tournaisis à ses terres patrimoniales dans les Pays-Bas. Quatre ans plus tard, François Ier fut fait prisonnier à la bataille de Pavie en 1525. Tenu en captivité en Espagne, le roi de France signa l’année suivante le traité de Madrid (1526) avec l’empereur qui obtint la cession de la Bourgogne et l’abandon de la souveraineté française sur la Flandre et l’Artois. Une fois libéré, François refusa cependant d’exécuter le traité. Les négociations entre Marguerite d’Autriche et Louise de Savoie mirent fin à la guerre entre la France et l’Espagne et aboutirent à la paix des Dames. Par ce traité de Cambrai, signé le 3 août 1529, le roi de France cédait l’Italie et la suzeraineté sur la Flandre et l’Artois à Charles Quint qui, en contrepartie, renonçait définitivement à la Bourgogne. L’empereur continua inlassablement son oeuvre d’unification territoriale des Pays-Bas. A l’est de l’Escaut, terre d’Empire, Charles était à la fois son propre suzerain et vassal. Après avoir annexé la Frise en 1524, il ajouta le Nedersticht et l’Oversticht à ses possessions en 1528. La même année, ses troupes prirent l’évêché d’Utrecht et l’Overijssel. En 1536, elles occupèrent le Groningue et la Drenthe, alors contrôlés par la Gueldre. L’empereur s’empara par les armes des deux derniers territoires qui lui résistaient encore en 1543, la Gueldre (traité de Venlo, 1543) et Zutphen. Ajoutées aux possessions patrimoniales des Habsbourg, celles-ci devinrent après 1543 les Dix-Sept Provinces des Pays-Bas, comprenant l’Artois et la Franche-Comté.

(In 1521, the troops of Charles V, commanded by count Henry of Nassau, laid siege to Tournai that Francis I had recovered by the treaty of October 1518 with Henry VIII. The town surrendered on December 2, 1521, and Charles V permanently added Tournai and its environs to his territories in the Low Countries. Four years later, Francis I was captured at the battle of Pavia in 1525. Taken to Spain, the king of France signed the following year the treaty of Madrid (1526) with the emperor, who obtained the cession of Burgundy and the surrender of French sovereignty over Flanders and Artois. However, once liberated, Francis refused to honor the treaty. Negotiations between Margaret of Austria and Louise of Savoy ended the war between France and Spain and were nicknamed the Ladies’ Peace. By the treaty of Cambrai, signed August 3, 1529, the king of France ceded Italy and sovereignty over Flanders and Artois and Charles V renounced all claim to Burgundy. The emperor continued incessantly his work of unification of the Low Countries. East of Escaut, inside the Empire, Charles was both overlord and vassal. After annexing Frisia in 1524, he added Nedersticht and Oversticht to his possessions in 1528. The same year, his troops occupied the bishoprics of Utrecht and Overijssel. In 1536, they occupied Groningen and Drenthe, then controlled by Gelderland. The emperor seized by force the last two territories which resisted him, Gelderland and Zutphen, in 1543. Added to the patrimony of the Hapsburgs, they became after 1543 the Seventeen Provinces of the Low Countries, including Artois and Franche-Comté.)

Le 26 juin 1548, Charles Quint détacha la Gueldre, le Nedersticht et l’Oversticht du Cercle (Kreitz) de Westphalie par le traité ou la Transaction d’Augsbourg. L’année suivante, il les rattacha au cercle administratif impérial nouvellement créé, le Cercle de Bourgogne, dans lequel il regroupa et unifia officiellement les possessions de la maison d’Autriche-Bourgogne dans les Pays-Bas, les Dix-Sept Provinces (Pragmatique Sanction, 4 novembre 1549). Réuni à l’empire, ce cercle était ainsi assuré de la protection militaire impériale et ne pouvait plus être divisé dans les héritages futurs. L’empereur avait ensuite tenté à plusieurs reprises d’unifier le système monétaire de l’empire.

(On June 26, 1548, Charles V detached Gelderland, Nedersticht and Oversticht from the Imperial Circle of Westphalia by the Transaction of Augsburg. The following year, they were included in a new Imperial Circle of Burgundy. This circle included all the Hapsburg possessions in the Low Countries (Pragmatic Sanction, November 4, 1549). Reunited to the Empire, the circle was assured of imperial military protection and made indivisible. The emperor then took many measures to unify the monetary system of the empire.)

Toujours à court d’argent pour financer ses guerres, l’empereur mit les villes à contribution. Lourdement endettée par les amendes infligées par les ducs de Bourgogne et Maximilien d’Autriche, la ville de Gand et son quartier (Courtrai, Audenarde, Grammont) refusèrent en 1539 d’accorder l’aide que l’empereur demandait. En représailles, celui-ci fit décapiter 17 personnes, en bannit d’autres, détruisit les murailles et fit construire une citadelle aux canons tournés vers la ville (le « château des Espagnols ») pour la maintenir en obéissance. Il supprima tous les privilèges municipaux et l’autorité de la ville sur son quartier et la Concessio Carolina (avril 1540) limita sensiblement les compétences des échevins, désormais désignés par le souverain. En tout, Charles Quint séjourna 28 ans dans les Pays-Bas, les terres où il était né et avait passé sa jeunesse et parmi toutes ces possessions, celles qu’il préférait. En 1555, usé par les lourdes responsabilités, les guerres et conflits incessants, il abdiqua en faveur de son fils, l’infant Philippe. Lors de la cérémonie d’abdication, il s’appuya sur l’épaule du jeune Guillaume d’Orange (1533-1584), celui qui allait diriger la révolte des Dix-Sept Provinces contre le roi d’Espagne.

(Always short of money for his wars, the emperor demanded contributions from the towns. Heavily indebted by impositions from the Dukes of Burgundy and Maximilian of Austria, the town of Ghent and its neighbors (Courtrai, Audenarde, Grammont) in 1539 refused the aid demanded by the emperor. In reprisal, he executed 17 persons, banished others, destroyed the walls and constructed a citadel with cannons turned on the town (the “Spanish Tower”) to maintain obedience. He suppressed all the municipal privileges and the town’s authority over its neighbors and the Concessio Carolina (April 1540) substantially limited the powers of the aldermen, now appointed by the sovereign. In all, Charles V spent 28 years in the Low Countries, the land where he was born and spent his youth and the favorite of all his domains. In 1555, worn out by his responsibilities, wars and incessant conflicts, he abdicated in favor of his son, prince Philip. During the ceremony of abdication, he leaned on the shoulder of the young William of Orange (1533-1584), who would lead the revolt of the Seventeen Provinces against the King of Spain.)

Le système monétaire sous l’archiduc puis l’empereur Charles, 1506-1539

Au cours des premières décennies du 16e siècle, le développement du système monétaire des Pays-Bas connut un calme relatif. Aux changements fréquents du cours des monnaies et de leurs types sous Philippe le Beau et Maximilien, succéda une période assez longue de stabilité. Le patard (stuiver) avait définitivement remplacé le double gros (plaque) comme monnaie de compte à la fin du 15e siècle et valait invariablement 2 gros, la livre de 40 gros valant 20 sols ou patards. Le système monétaire institué à la fin du règne de Philippe le Beau fut maintenu après sa mort précoce en 1506 pendant toute la minorité de Charles de Luxembourg. On continua à frapper le florin d’or au saint Philippe (Philippusgoudgulden) et le demi-florin (20) introduits en 1496, désormais émis au nom du jeune archiduc Charles. Le florin fut frappé en Brabant, à Anvers (5), en Flandre, à Bruges (789), en Hollande, à Dordrecht (1113) et à Namur. Le demi-florin fut frappé à Anvers (avec et sans marque d’atelier, 20-21), à Bruges (795), Dordrecht et Namur. Le florin d’or courait pour 25 sols et le demi pour 12 ½ sols. Sa masse était 3,30 g, le titre un peu moins de 16 carats. La frappe continua jusqu’en 1520. En 1500, Philippe le Beau avait ouvert un nouvel atelier en Brabant, au Vroenhof à Maastricht, Charles y fit frapper des florins d’or au saint Philippe de 1505 à 1520, à la légende Moneta aurea facta Traiecti in Vrohof (19). Des doubles patards, des patards, des gros (24), demi-gros (28) et quarts de gros d’argent (29) et des doubles mites de billon (1/24 de patard) furent également frappés. Les cours des monnaies fixés en 1496 se maintinrent sans grands changements jusqu’en 1548.

(During the first decades of the sixteenth century, the development of the monetary system of the Low Countries was relatively calm. Frequent changes in exchange rates and their types as Philip the Handsome and Maximilian was followed by a long period of stability. The patard (stuiver) had definitively replaced the double gros (plaque) as money of account at the end of the 15th century and was worth consistently two gros and the pound of 40 gros was worth 20 sols or patards. The monetary system established at the end of the reign of Philip the Fair was maintained after his early death in 1506 during the minority of Charles of Luxembourg. The mints continued to strike the gold florin of St. Philip (“Philippusgoudgulden”) and the half-guilder introduced in 1496, now issued on behalf of the young Archduke Charles. The florin was struck at Antwerp in Brabant, at Bruges in Flanders, at Dordrecht in Holland and at Namur. The half-florin was struck in Antwerp (with and without mintmark), in Bruges, Dordrecht and Namur. The florin circulated at 25 sols and the half florin at 12½ sols. It weighed 3.30 grams and its fineness was 16 carats. Production continued until 1520. In 1500, Philip the Fair opened a new mint in Brabant, at Vroenhof at Maastricht. Charles struck there gold florins of St. Philip during 1505-20 with the legend “Moneta aurea facta Traiecti in Vrohof.” Double patards, patards, gros, half gros and quarter gros of silver and double mites of billon (1/24 of a petard) were also made there. The currency exchange rates fixed in 1496 were maintained without major changes until 1548.)

En 1517, l’empereur Maximilien revint dans les Pays-Bas et fit frapper à Anvers une pièce de présentation en argent, gravée par Ulrich Ursenthaler (elle portait cependant la date de 1507). Au revers de ce double guldiner ou double florin, l’aigle impérial bicéphale était entouré de la Toison d’or, d’un cercle de 7 blasons de royaumes et d’un second cercle de 19 blasons de provinces. Ce revers devait impressionner et propager l’image d’un roi et empereur régnant sur de très nombreux pays et provinces d’Europe dont il se voulait le souverain le plus puissant comme l’indique la légende Pluriumq(ue) Europ(a)e Provinciar(um) Rex et Princeps Potentisim(us), roi et souverain le plus puissant de la plupart des régions d’Europe (Elsen, vente 59, 18-21 septembre 1999, 1293). Ce fut la première mention du nom de l’Europe. L’idéologie de puissance, fil conducteur de toute la politique de Maximilien, fut transmise à Charles Quint et Philippe II qui s’en inspirèrent toute leur vie.

(In 1517, Emperor Maximilian returned to the Netherlands and had struck at Antwerp a silver presentation piece, engraved by Ulrich Ursenthaler (however it bore the date of 1507). On the reverse of this double florin or double guldiner, the two-headed imperial eagle was surrounded by the Golden Fleece, a circle of seven shields of his realms and a second circle of 19 shields of the provinces. This reverse was to propagate the image of a king and emperor ruling over many kingdoms and provinces. His claim indicated by the legend “Pluriumq(ue) Europ(a)e Provinciar(um) Rex et Princeps Potentisim(us)”, i.e., king and sovereign of most of Europe. This is the first mention of the name of Europe. The ideology of power, threaded through the entire policy of Maximilian, was transmitted to Charles V and Philip II, whom were inspired their entire lives.)

Depuis le début du 16e siècle, l’or et l’argent du Nouveau Monde étaient exportés régulièrement d’Espagne, surtout vers la France et les Pays-Bas, sous forme de monnaies. L’or arrivait aux Pays-Bas sous forme de ducats et doubles ducats (doblas excelentes) qui étaient des monnaies en or presque pur d’environ 7 g. Cette monnaie d’or espagnole (doblón) était appelée doublon ou dubloen dans les Pays-Bas. Plus tard, l’or espagnol arriva aussi sous forme d’escudos au portrait de Charles Quint. Le terme dubloen fut alors presque exclusivement utilisé pour désigner les doubles escudos un peu plus légers (6,75 g), appelés aussi pistoles. L’argent était exporté essentiellement sous forme de pièces de 4 et 8 réaux (les pièces de 8, de a ocho, realen van achten ou Spaanse matten).

(Since the early 16th century, gold and silver from the New World were regularly exported from Spain, mainly to France and the Netherlands in the form of coins. Gold came to the Netherlands as ducats and double ducats (Doblas excelentes) that were almost pure gold coins of about 7 g. This Spanish gold coin (Doblón) was called “doublen” or “dubloen” in the Netherlands. Later came Spanish gold escudos with the portrait of Charles V. The term doubloon was then almost exclusively used to describe double escudos a little lighter (6.75 g), also called pistoles. The silver was mainly exported as pieces of four and eight reales.

Lorsque l’archiduc Charles s’embarqua pour l’Espagne en septembre 1517 pour y être couronné, il emporta les monnaies qu’il avait fait frapper à Anvers pour couvrir les frais de voyage, comme l’avait fait son père. C’étaient les réaux (33), demi-réaux (36) et les quarts de réaux (38) d’Espagne, frappés aux titres de Jeanne d’Aragon et de Charles. Comme ceux frappés par son père, les réaux de Charles, presque tous refondus, sont très rares.

(When the Archduke Charles sailed for Spain in September 1517 to be crowned, he took the coins he had struck in Antwerp to cover travel expenses, as his father had done. It was the same Spanish reals, half reals and quarter reales struck in the name of Joan of Aragon and Charles. Like those of his father, Charles’ reals, almost all melted, are today very rare.)

Devenu entre-temps roi d’Espagne et empereur du Saint Empire, Charles Quint créa un nouveau monnayage en 1521. Le florin d’or au saint Philippe de 25 patards fut remplacé par le florin d’or Karolus (Anvers, 62, Dordrecht, 1119) montrant l’empereur à mi-corps de face (Karolusgulden). Son cours fut fixé à 20 patards (40 gros). La monnaie d’or devint ainsi une pièce valant une livre de 20 sous ou 20 patards. Cette livre était appelée livre d’Artois (pond van 20 schelling Artesisch, 20 stuiver of 40 groot). Elle valait le sixième de la livre de Flandre, la livre de 240 gros ou 120 patards. Quelques années plus tard, la gouvernante ordonna d’utiliser seulement le florin Karolus comme monnaie de compte bien que l’usage de la livre de Flandre se maintint pendant longtemps. Bientôt seule l’abréviation ‘‘florin’’ fut utilisée. En 1521, Charles Quint émit également d’autres nouvelles monnaies d’or, le réal, montrant l’empereur à mi-corps (39, 1114), et le demi-réal, aux armes impériales et armes d’Autriche-Bourgogne (51, 1116). Le réal et le demi-réal (gouden reaal et halve reaal) valaient 3 florins et 1 ½ florin. La livre de Flandre valait ainsi 2 réaux ou 6 florins. De nouvelles monnaies d’argent furent également mises en circulation à partir de 1521, des réaux valant 3 patards (126), des demi-réaux de 1 ½ patard, des patards (139) et des quarts de gros (144). Leur production continua jusqu’en 1556.

(Having in the meantime become king of Spain and Holy Roman Emperor, Charles V created a new coinage in 1521. The gold florin of St. Philip, worth 25 patards, was replaced with the gold Carolus florin depicting the emperor. Its value was fixed at 20 patards or 40 groats. The gold coin was also equal to a pound of 20 sous or 20 patards. This pound was called the “livre d’Artois”. This pound was one-sixth of a Flanders pound of 240 groats or 120 patards. Some years later, the government ordered the sole use of the Carolus florin as the money of account but the Flemish pound continued in use. Gradually the coin became known as just a “florin.” In 1521, Charles V also issued other new gold coins, the real and half real, with the arms of Austria-Burgundy. The real and half real were valued at three florins and 1½ florins. The Flanders pound was worth two reals or six florins New silver coins were also placed into circulation after 1521, reals of three patards, half reals of 1½ patards, patards and quarter groats. Their production continued until 1556.)

Les monnaies frappées étaient uniformes dans toutes les provinces et mentionnaient seulement les titres impérial et royal. Les régions ne se distinguaient plus que par un sigle monétaire fixe. Les monnaies divisionnaires restèrent cependant différentes selon les régions. La division du patard (stuiver) ou double gros en 48 mites de Flandre ou 24 deniers parisis, en vigueur en Flandre et en Zélande, était celle du nouveau système monétaire. La mite de Brabant ne valait que 2/3 de la mite de Flandre de sorte qu’en Brabant, le patard était compté pour 72 mites de Brabant. On y frappa des doubles mites et des quadruples mites à l’écu de Louvain. La division du gros en 8 deniers de Hollande (penning Hollands) et du stuiver en 16 deniers finit par s’imposer dans tous les Pays-Bas du Nord. Ailleurs dans les Pays-Bas du Sud le patard était divisé en 12 deniers artésiens (12 penningen Artesisch). A Namur, le denier valait ainsi 4 mites de Flandre. Le florin se maintint dans les Pays-Bas du Nord comme monnaie de compte jusqu’à l’introduction de l’euro, le stuiver étant devenue la pièce de 5 cent et le dubbeltje la pièce de 2 stuiver ou 10 cent lorsque le florin fut divisé en 100 cent. Comme le florin d’or fixé à 20 patards, le réal d’or fut fixé à 20 réaux d’argent. Le réal d’argent valait ainsi 1/20 de réal ou 3 patards et le demi-réal d’argent 1/40 de réal d’or ou 1½ patard. En billon, la double mite continuait à remplir la fonction de petite monnaie. La double mite de Brabant (146) valait 1 ½ mite de Flandre.

(The coinage was uniform throughout the provinces and mentioned only the imperial and royal titles. The regions were distinguished only by symbols. However, the smaller coins remained different in the various regions. The patard or stuiver or double groat was 48 Flemish mites or 24 deniers Parisis, in force in Flanders and Zeeland, in accordance with the new system. The mite of Brabant was worth two-thirds of a Flemish mite. In Brabant, the patard was 72 mites. Double mites and quadruple mites “à l’écu de Louvain” circulated in Brabant. In the north,the groat of 8 deniers and the stuiver of 16 deniers circulated. Elsewhere, the petard was divided into 12 deniers of Artois. In Namur, the denier was valued at four Flemish mites. The florin was used in the north as a money of account until the introduction of the euro. The stuiver became the five cent piece and the double stuiver the ten cent piece when the florin was decimalized. When the gold florin was fixed at twenty patards, the gold real was fixed at twenty silver reals. The silver real was valued at 1/20 of a gold real or three patards and the half real was valued at 1/40 of a gold real or 1½ patards. In billon, the double mite continued to serve as small change. The double mite of Brabant was equal to 1½ Flemish mites.)

La création de l’écu d’or dans les Pays-Bas, 1540

Sous l’influence grandissante des couronnes d’or françaises dans le commerce des Pays-Bas, l’empereur ordonna en 1540 la frappe d’un écu d’or (90), inspiré de l’écu d’or au soleil de François Ier et au même cours (42 sols), ce qui facilita la transformation de l’or venant d’Espagne à travers la France. La nouvelle monnaie d’or était appelée ‘‘écu d’or’’ dans les ordonnances de cette époque. Le terme ‘‘couronne d’or’’ (zonnekroon, gouden kroon ou gouden schild) n’apparut que plus tard, sous le règne de Philippe II.

(Under the increasing influence of the French gold couronnes d’or in the commerce of the Low Countries, the emperor decreed in 1540 the striking of a gold écu, inspired by the “l’écu d’or au soleil” of Francis I and of the same value (42 sols), to facilitate the transfer of Spanish gold across France. The new coin was called the “écu d’or” in the edicts of the time. The term “couronne d’or” was not used until the reign of Philip II.)

L’introduction de la première monnaie de cuivre dans les Pays-Bas, 1543

Une innovation importante se produisit en 1543. A la place de pièces de faible valeur en billon, un alliage de cuivre contenant seulement une petite quantité d'argent (qui en déterminait cependant la valeur), furent désormais frappées des pièces en cuivre sans addition d’argent, ce qui rendait leur valeur fiduciaire. La courte (korte) de cuivre remplaça la double mite en billon (ordonnance du 22 février 1543). Elle montrait la tête barbue couronnée de Charles Quint à droite et au revers, un lion rampant à gauche (146). Circulant à la valeur d’une double mite, elle représentait le 1/24e du patard.

(An important innovation was introduced in 1543. In place of low value pieces of billon, an alloy of copper containing only a little silver, pure copper coins of fiat value were struck. The courte of copper replaced the double mite (ordinance of February 22, 1543) It bore the bearded portrait of Charles V on the obverse and a lion rampant facing left on the reverse. Circulatint at the value of a double mite, it represented 1/24 of a petard.)

La première lourde monnaie d’argent dans les Pays-Bas, 7 avril 1544

La plus grosse pièce d’argent frappée par Charles Quint était, depuis 1536, la pièce de quatre patards montrant l’aigle impériale bicéphale, appelée vlieger ou krabbelaar (Anvers, 111, Maastricht, 124, Dordrecht, 1125). De nouvelles mines d’argent avaient été découvertes dans le Tyrol et en Saxe et avaient rendu possible la frappe de grosses monnaies d’argent de la valeur d’un florin d’or allemand, appelées pour cette raison Guldengroschen. Les grosses monnaies issues en 1519 de l’atelier situé près d’une riche mine d’argent, à Joachimstal en Bohême, furent bientôt appelées Joachimstaler Guldengroschen ou Joachimstaler et ensuite simplement Taler. Ces talers inondèrent l’Empire et les Pays-Bas où ils furent appelés daldres (daalders). Ils furent longtemps interdits dans les Pays-Bas où l’on préférait la monnaie d’or pour effectuer les paiements de sommes élevées. L’arrivage de l’argent du Nouveau Monde par l’Espagne (surtout le port de Séville) ne devint important qu’après la découverte des mines de Potosi (Bolivie) en 1545 et de Zacateca (Mexique) en 1546. Ce fut donc essentiellement le flux d’argent arrivant d’Allemagne qui décida Charles Quint le 7 avril 1544 à faire frapper de grosses monnaies d’argent dans les Pays-Bas. Il décida d’émettre le florin Karolus d’argent (zilveren Karolusgulden) au cours du florin d’or Karolus, soit une livre ou un florin de 20 patards. Pour la première fois, un portrait réaliste figurait sur une monnaie d’argent des Pays-Bas. La collection Huntington contient des exemplaires frappés à Anvers (avec et sans marque d’atelier, 100, 105), Maastricht (107), et Bruges (815). De 1552 à 1556 eut lieu une seconde émission (2e type, au buste vieilli) en Brabant (108), Flandre (817), Hollande et Gueldre (1018).

(The largest silver piece struck by Charles V was, since 1536, the four patards bearing the imperial eagle, called the “vlieger.” The new silver mines discovered in Tyrol and Saxony made it possible to strike large silver coins of the value of the German gold florin and was called for that reason the “guldengroschen.” The large coins issued in 1519 from the mint situated near a rich silver mine, at Joachimsthal in Bohemia, were soon called the “Joachimstaler Guldengroschen” or “Joachimstaler” and finally simply “Thaler.” These thalers flooded the Empire and the Low Countries and were called dollars. They were banned for a long time in the Low Countries where gold was preferred for large payments. The arrival of silver from the New World from Spain (especially from the port of Seville) became important after the discovery of the mines of Potosi, Bolivia, and Zacatecas, Mexico, in 1545-46. It was the flow of German silver which caused Charles V in 1544 to strike large silver coins in the Low Countries. He decided to issue the silver Carolus florin of the value of one pound or twenty patards. For the first time, a realistic portrait appeared on a silver coin of the Low Countries. The Huntignton Collection contains examples struck at Antwerp, Maastricht and Bruges. During 1552-56 there was a second issue (second type, with old head) in Brabant, Flanders, Holland and Gelderland.)

Afin de se faire une idée de la valeur des monnaies et du niveau de vie de la population du temps de Charles Quint, la mention de quelques prix et salaires est éclairante. En 1505, le salaire quotidien d’un maître-menuisier brabançon était de 4 patards. En 1541, un corps de métier bien payé gagnait toujours 4 patards par jour. La dévaluation du milieu du 16e siècle fut néfaste pour les salariés. En 1550, une livre de lard coûtait 2 patards et absorbait quasiment l’entièreté du salaire quotidien d’un ouvrier non qualifié. En 1552, la paie journalière d’un aide-maçon permettait d’acheter 6 kg de pain d’orge à Louvain; en 1586-1587, cette quantité n’était plus que de 2,5 kg. Durant l’hiver très rude de 1556, les betteraves et les choux étaient gelés et l’on dut payer 5 patards pour 25 betteraves, ce qui angoissa la population: à Louvain régnait « groote benauwtheyt onder tvolek ». La hausse des prix et des salaires après 1555 fit des Pays-Bas l’une des régions les plus chères au monde.

(To get an idea of the value of currencies and the standard of living of the populace of the time of Charles V, the discussion of prices and wages is illuminating. In 1505, the daily wage of a master carpenter in Brabant was 4 patards. In 1541, a skilled tradesman was still earning four patards a day. The devaluation of the mid-16th century was harmful to wage earners. In 1550, a pound of bacon cost two patards and absorbed almost the entire daily wage of an unskilled worker. In 1552, the daily pay of a mason’s helper would buy 6 kg of barley bread in Louvain. In 1586 to 1587, this amount was only 2.5 kg. During the harsh winter of 1556, beets and cabbage were frozen and one had to pay 5 patards for 25 beets, which distressed the population. Rising prices and wages after 1555 made the Netherlands one of the most expensive places in the world.)

Le monnayage sous Philippe II, de 1557 à 1567

Deux ans avant l’abdication de l’empereur (1553), son fils, l’infant Philippe, épousa la reine d’Angleterre, Marie Tudor, la fille de Henri VIII et de Catherine d’Aragon, qui était donc la cousine de Charles Quint. Au cours du banquet de noces, Philippe fut proclamé roi d’Angleterre, de France, de Naples et de Jérusalem. Il devint Philippe II d’Espagne et hérita des Pays-Bas par l’abdication de son père le 25 octobre 1555. La couronne impériale passa au frère cadet de Charles, Ferdinand Ier d’Autriche. Les premières monnaies de Philippe portent son titre de roi d’Angleterre (ANG. REX) jusqu’en 1559. La frappe du réal d’or fut continuée à partir de 1557 (Anvers, 155, Maastricht, 159, Bruges, 832, Dordrecht 1127). Le cours était cependant fixé à 70 sols. On poursuivit aussi l’émission du demi-réal d’or, de la courte, des quatre patards, du patard, du gros et du gigot ou 6 mites (Anvers, 171). Seule la frappe du florin Karolus d’argent ne fut pas poursuivie. En 1557, il fut remplacé par une monnaie encore plus lourde, le demi-réal d’argent, bientôt appelé daldre Philippus (Philipsdaalder) ou écu Philippe à cause du buste royal figurant au droit (Anvers, 160, Bruges, 815, Dordrecht, 1140). Cet écu Philippe circulait au même cours que le demi-réal d’or (35 patards ou sols). Les réaux de huit espagnols continuaient à être massivement importés d’Espagne dans les Pays-Bas où ils étaient tarifés en monnaies de compte locales. Cet afflux de métaux provoqua une hausse importante des émissions monétaires dans la seconde moitié du 16e siècle.

(Two years before the abdication of the emperor, in 1553, his son, prince Philip, married the queen of England, Mary Tudor, the daughter of Henry VIII and Catherine of Aragon, who was the cousin of Charles V. At the wedding banquet, Philip was proclaimed king of England, of France, of Naples and of Jerusalem. He became Philip II of Spain and inherited the Low Countries by the abdication of his father on October, 25, 1555. The imperial crown passed to Charles’s younger brother, Ferdinand of Austria. The first coins of Philip bore the title of king of England (ANG. REX) until 1559. The striking of gold reals continued after 1557 but their value was set at 70 sols. Also issued were the gold half real, the copper courte, the four patards, the petard, the groat and the gigot or six mites. Only the silver Carolus florin was dropped. In 1557, it was superseded by a heavier coin, the silver half real, later called the écu Philippe because the royal bust appears on the obverse. This écu Philippe circulated at the same value as the gold half real (35 patards or sols). Spanish eight reales were imported in large quantities into the Netherlands where they were tariffed in local monies of account. This influx of metal caused a substantial increase in mintages in the second half of the sixteenth century.)

Marie Tudor mourut le 17 novembre 1558, deux mois après le décès de Charles Quint à Yuste, privant ainsi Philippe II de la dignité royale en Angleterre. Après 1559, ses monnaies ne mentionnent plus le titre de roi d’Angleterre. Les victoires de son armée à Saint-Quentin et à Gravelines permirent à Philippe II de conclure la paix avec la France par le traité de Cateau-Cambrésis et de mettre fin aux hostilités entre l’Espagne et la France (2-3 avril 1559). Philippe II retourna ensuite en Espagne après avoir confié le gouvernement à sa demi-soeur Marguerite de Parme, assistée d’un conseil d’état.

(Mary Tudor died on November 17, 1558, two months after the death of Charles V at Yuste, depriving Philip II of his English royal title. After 1559, his coins do not mention the title king of England. The victories of his army at St. Quentin and at Gravelines permitted Philip II to conclude peace with France by the treaty of Cateau-Cambresis and put an end to hostilities between Spain and France (April 2-3, 1559). Philip II returned to Spain after confiding the government to his half-sister Margaret of Parma, assisted by a council of state.)

A partir de 1560 on poursuivit l’émission des réal et demi-réal d’or. Le demi-réal d’or émis de 1560 à 1567 à Maastricht est extrêmement rare (185), celui de Dordrecht très rare (1160). On frappa aussi des couronnes d’or au cours de 40 sols (2 florins), à Anvers (187), à Bruges à partir de 1570 (876), à Dordrecht (1139). La collection Huntington renferme un exemplaire de la couronne de Gueldre daté de 1572 (1073). Les subdivisions de l’écu Philippe furent introduites en 1562 pour remplacer les pièces de 4 patards, les patards en argent et les gros de billon qui ne formaient plus la base des monnaies d’argent car leur cours en patards ou sols fluctuait. Si l’écu passait de 35 à 36 sols, puis à 37 sols, la monnaie de compte, le patard n’était plus stable mais passait de 1/35e à 1/36e d’écu, puis à 1/37e d’écu. Ce problème fut résolu en prenant l’écu comme base et en frappant des fractions (donc des parties invariables) de l’écu. On mit en circulation le demi-écu Philippe (193), le cinquième d’écu (198), le dixième d’écu (Maastricht, 208), le vingtième d’écu ou stoter (Anvers, 209, Dordrecht, 1148) et plus tard même le quarantième d’écu ou braspenning. Le médailleur italien Gianpaolo Poggini, qui travaillait à Bruxelles, grava le buste royal qui apparut sur la plupart des monnaies d’or et d’argent. Il remplaça également les armes impériales par celles de Philippe II, entourées de la Toison d’or, et la devise de son père Da mihi virtute contra hostes tuos fut remplacée par celle du roi Dominus mihi adiutor. On frappa aussi des daldres commémoratifs en piéfort en Brabant, Gueldre (1044), Utrecht et Overijssel, avec ou sans date (1567 et 1568). Inconnu pour la Flandre, un exemplaire frappé à Bruges apparut dans la collection Veldeman (Elsen, vente 62, 24 juin 2000, 1265).

(The issue of gold reals and half reals continued after 1560. The gold half real of 1560-67 from Maastricht is extremely rare and that of Dordrecht very rare. Also minted were couronnes d’or of the value of 40 sols (2 florins) at Antwerp, Bruges after 1570 and Dordrecht. The Huntington collection included an example of the couronne d’or of Gelderland dated 1572. Subdivisions of the écu Philippe were introduced in 1562 to replace the four patard pieces, the silver patards and the billon groat. Because the value of the patard kept fluctuating, it could not form the base of the silver coinage. The écu varied between 35 and 37 patards. The problem was resolved by issuing silver fractions of the écu. Placed into circulation were the half, fifth, tenth and twentieth of an écu and later a brass forthieth écu. The Italian diesinker Gianpaolo Poggini, who worked in Brussels, engraved the royal bust which appeared on most of the silver and gold coins. He also redesigned the reverse, replacing the imperial arms with those of Philip II, surrounded by the Order of the Golden Fleece, and changed his father’s motto (Da mihi virtute contra hostes tuos = “GIVE ME STRENGTH AGAINST YOUR ENEMIES”) with Dominus mihi adiutor (= “THE LORD IS MY HELPER”). Commemorative daalders of double weight were struck in Brabant, Gelderland, Utrecht and Overijssel, with and without date (1567-68). Unknown for Flanders, an example struck in Bruges appeared in the Veldeman collection (sold by Jean Elsen in June 2000).)

L’écu de Bourgogne, de 1567 à 1571

Pour se conformer aux décisions de la Diète d’Augsbourg réunie en 1566 afin d’unifier le système monétaire de l’empire, Philippe II mit fin en 1567 à l’émission des écus Philippe et des monnaies d’or correspondantes. Il ordonna la frappe de florins d’or (212) et d’écus d’argent dits ‘‘de Bourgogne’’ (Anvers, 216, Bruges, 864, Nimègue, 1064, Dordrecht, 1155) portant la croix de bâtons noueux (Kruisrijksdaalders, Bourgondische daalders). Leur valeur correspondait à celle des monnaies d’or et d’argent qui venaient d’être mises en circulation dans l’empire et devaient courir dans les Pays-Bas respectivement pour 34 et 32 sols. Des demi-écus de Bourgogne (Anvers, 223, Bruges, 869, Nimègue, 1071, Dordrecht, 1158) et des quarts (Anvers, 224, Bruges, 873) furent également frappés. Pour le florin d’or, on reprit la représentation de saint André, abandonnée depuis le règne de Philippe le Beau. De plus, le grand écu royal de Philippe II, aux armes d’Espagne, fut remplacé par l’ancien écu d’Autriche-Bourgogne. Ces mesures visaient à doter les Pays-Bas d’un monnayage au caractère ‘national’ pour les provinces faisant partie du cercle de Bourgogne, en reprenant les types et les armoiries antérieures au régime espagnol.

(To conform to the decision of the Diet of Augsburg of 1566 to unify the monetary system of the empire, Philip II ended in 1567 the emission of écus Philippe and the corresponding gold coinage. He ordered the striking of gold florins and silver “Burgundian” écus bearing the Burgundian cross. Their values corresponded to those silver and gold coins circulating in the empire and were current in the Low Countries for 34 and 32 sols. Half and quarter Burgundian écus were also struck. On the gold florin, St. Andrew appeared for the first time since Philip the Fair. The royal arms of Philip II, featuring the arms of Spain, replaced the old shield of Austria-Burgundy. These measures were designed to provide the Netherlands with a coinage of national character as part of the circle of Burgundy, showing the types and arms prior to the Spanish regime.)

N’ayant pas donné les résultats espérés, la frappe des florins et des écus de Bourgogne fut arrêtée dès 1571 et celle de la première émission de Philippe II reprise: le réal d’or, l’écu Philippe et ses subdivisions (Brabant, 172, 238, Flandre, 877, 880, Gueldre, 1075, 1076, Hollande, 1161, Utrecht, 1207-1211). A Bruxelles, où le numéraire manquait dans la ville, l’atelier, fermé depuis 1437, fut rouvert en octobre 1576. Le tailleur de coin de la Monnaie d’Anvers, fort âgé, n’étant pas en mesure de fournir rapidement les coins nécessaires à la frappe, on réutilisa des coins de la Monnaie de Bruges pour l’or et d’Anvers pour l’argent, dans lesquels le B initial de l’atelier fut regravé dans le champ du droit, derrière le buste (246). Des coins spécifiques furent ensuite taillés pour les écus, présentant le B dans le millésime. Seuls quelques exemplaires de ce type sont connus, pour 1576 et 1577.

(Not obtaining the desired results, the striking of florins and Burgundian écus was stopped in 1571 and the old types reprised: the gold real, the écu Philippe and its subdivisions. In Brussels, where there was a shortage of cash, the mint, closed in 1437, was reopened in October 1576. Obsolete equipment from the Antwerp mint and old dies from the Bruges mint were used. The dies were engraved with a “B” behind the bust. Only a few specimens are known of this issue, dated 1576-77.)

La révolte contre le régime espagnol

Le calvinisme avait fortement progressé dans les Pays-Bas durant les années 1550 et 1560. En 1566, il était déjà implanté dans environ 300 places mais restait clandestin du fait de la répression, à l’exception d’Anvers où régnait une relative tolérance. Des synodes informels s’y réunissaient, dotant les différentes communautés d’une confession de foi et d’une discipline commune, la Confessio Belgica (1561). Le gouvernement espagnol devint de plus en plus détesté par la population en raison de la lourde imposition et du mépris des privilèges du pays. L’Inquisition, les exécutions et la terrible répression de la réforme protestante poussèrent à la révolte des Pays-Bas à partir de 1566. Après les troubles iconoclastes, Philippe II envoya en 1567 le duc d’Albe dans les Pays-Bas à la tête d’une armée espagnole avec l’ordre de soumettre le pays à tout prix, d’imposer à ses « Etats de par delà » l’absolutisme politique et le catholicisme d’Etat qui régnaient en Espagne. Albe devait obtenir que la puissance espagnole puisse imposer son prestige et sa foi à la France, à l’Angleterre et à l’Empire et reprenant l’oeuvre de Charles Quint, tendre vers la domination universelle en même temps qu’elle écraserait le protestantisme. Le gouverneur instaura un régime de terreur et les exécutions se succédèrent par milliers. Les comtes d’Egmont et de Hornes, condamnés à mort pour trahison à leur roi, ainsi que d’autres nobles, furent décapités sur la grand-place de Bruxelles (juin 1568). De 1567 à 1573, le duc d’Albe et ses conseillers, Berlaymont et Noircarmes, firent exécuter de six à huit mille personnes tandis que neuf mille personnes subirent des confiscations totales ou partielles de leurs biens. L’intolérance religieuse du duc et son régime de terreur firent exécuter en trois ans autant de personnes que l’Inquisition en Espagne durant tout le règne de Philippe II. Une grande partie de la population émigra et le pays fut bientôt plongé dans le chaos. Rien qu’en 1567 et 1568, environ 60.000 personnes s’enfuirent dont la plupart trouvèrent refuge dans les états allemands proches. En 1573, Albe se vanta que le massacre des sujets du roi était devenu une excellente opération financière qui avait procuré au roi, rien qu’en confiscations, 500.000 ducats de rente. Entre-temps le climat politique et la situation militaire s’étaient fortement détériorés. Après avoir remporté plusieurs succès contre Guillaume d’Orange, dit le Taciturne, le duc d’Albe écrasa la révolte dans la partie méridionale des Pays-Bas et y rétablit l’autorité espagnole. Mais il ne parvint pas à réprimer le soulèvement de la plupart des villes de Hollande et de Zélande au printemps de 1572. Lassé de ses échecs, Albe demanda son rappel et quitta les Pays-Bas en 1573. Il fut remplacé par le commandeur de Castille, Requesens. Aussi intransigeant que son prédécesseur, le nouveau gouverneur ne réussit pas mieux à pacifier les Pays-Bas.

(Calvinism had strongly advanced in the Low Countries during the 1550’s and 1560’s. In 1566, it was planted in about 300 places but remained clandestine for fear of repression except in Antwerp where it was tolerated. An informal synod of the different communities issued a confession of faith and a common discipline, the Confessio Belgica (1561). The Spanish government became increasingly hated by the population due to the heavy taxation and violation of the privileges of the country. The Inquisition, the executions and the terrible repression of Protestants sparked the revolt of the Low Countries of 1566. In 1567, Philip II sent the Duke of Alba to the Netherlands at the head of a Spanish army with orders to subdue the country at any cost and impose Spanish style "beyond states” political and religious absolutism. Alba represented Spanish power and Charles V’s policy of universal domination and destruction of Protestantism. The governor instituted a reign of terror and executed thousands. The counts of Egmont and Hoorn, condemned to death for treason, were executed in the main square of Brussels in June 1568. From 1567 to 1573, the duke and his councilors, Berlaymont and Noircarmes, executed six to eight thousand people and confiscated some or all of the property of nine thousand others. The religious intolerance of the duke and his reign of terror caused the death of more people in three years than all the victims of the Inquisition of the entire reign of Philip II. A large part of the population emigrated and the region was plunged into chaos. In 1567-68, sixty thousand people fled, the majority to the nearby German states. In 1573, Alva boasted that the killing of the king's subjects became a profitable operation that had provided the king 500,000 ducats in confiscations. Meanwhile the political and military situation deteriorated markedly. After winning several successes against William “the Silent” of Orange, Alba crushed the revolt in the southern part of the Netherlands and restored Spanish authority. However, he failed to quell the uprising in most cities of Holland and Zeeland in the spring of 1572. Tired of failures, Alba demanded his recall and left the Netherlands in 1573. He was replaced by the Commander of Castile, Requesens. As uncompromising as his predecessor, the new governor was no more successful in pacifying the Netherlands.)

Le contremarquage des monnaies en circulation en Hollande et Zélande (1573-1575)

La Hollande et la Zélande se révoltèrent en 1572 et formèrent un gouvernement indépendant, tout en reconnaissant l’autorité formelle de Philippe II. En 1573, les Etats de Hollande prirent le contrôle de la Monnaie et poursuivirent la frappe de demi-écus Philippe jusqu’en 1575. Pour financer l’effort de guerre, les Etats décidèrent que les monnaies circuleraient à un cours forcé, la différence servant de contribution de guerre (appelée ‘service’). Un placard ordonna le 7 février 1573 que sur toutes les monnaies circulant en Hollande et Zélande un impôt de guerre d’un huitième du nouveau cours devait être payé aux autorités. Les monnaies sur lesquelles l’impôt avait été versé étaient ensuite contremarquées du lion de Hollande ou de Zélande et circulaient à ce cours plus élevé, parmi celles-ci l’écu Philippe (1167) et ses fractions, le réal d’or d’Espagne, l’écu de Bourgogne (1188). En pratique, les choses se passaient simplement. Les gens apportaient huit pièces et en recevaient sept contremarquées de retour, quel que soit le type de monnaie. Dans la collection Huntington se trouve un demi-écu Philippe frappé à Dordrecht en 1574 et portant la contremarque (1174). Cet atelier continuait donc à produire des monnaies à l’ancien cours et prélevait aussitôt l’impôt de guerre en les contremarquant.

(Holland and Zeeland rebelled in 1572 and formed an independent government but recognizing the formal authority of Philip II. In 1573, the States of Holland took the mint and continued the striking of half écus Philippe until 1575. To finance the war effort, the States decided that the coins would circulate at a higher value, the difference being a contribution to the war. A placard published on February 7, 1573, announced a war tax of one-eighth on all coin circulating in Holland and Zeeland. Coins, including the écu Philippe, the gold real and the Burgundian écu, were countermarked with the lion of Holland or Zeeland, raising their face value. In practice, things were simpler. People turned in eight coins and received seven counterstamped ones of the same type. The Huntington collection contained a half écu Philippe struck at Dordrecht in 1574 and bearing the counterstamp. The mints continued to produce coin as before and the tax collected as they were counterstamped.)

Le siège de Leiden par les troupes espagnoles (21 août 1573-3 octobre 1574)

Le 21 août 1573, Leiden fut assiégée par les troupes espagnoles commandées par Valdez. Louis de Nassau rassembla une armée en Allemagne pour dégager les villes assiégées mais il fut battu par Sancho d’Avila, le 14 avril 1574, sur la Mookerheide où il trouva la mort ainsi que son frère Henri de Nassau. Leiden fut assiégée une seconde fois par Valdez sans plus de résultat. La ville fut libérée par les Gueux (de Watergeuzen) le 3 octobre 1574. Les autorités municipales émirent des quarts de florins en papier (5 stuiver) le 19 et le 24 décembre 1573. Le 27 mars 1574 furent frappés des demi-patards (halve stuivers) au lion rampant et l’écu de la ville avec les légendes Heere ontbermt Hol et au revers, Ende salicht Leyden (1186). Le 10 juillet 1574, la ville fit frapper des pièces de 28 stuiver et de 14 stuiver en argent (1184).

(Starting August 21, 1573, Leiden was besieged by Spanish troops commanded by Valdez. Louis of Nassau assembled an army in Germany to relieve the siege but it was defeated by Sancho d’Avila on April 14, 1574, at Mookerheide. He was killed along with his brother Henry of Nassau. Leiden was besieged a second time by Valdez without success. The town was liberated by the Sea Beggars on October 3, 1574. The town authorities issued paper quarter florins on December 19 and 24, 1573. On March 27, 1574, half écus were struck with a rampant lion and the arms of the town. On July 10, 1574, the town struck silver pieces of 28 and 14 stuivers.)

La frappe du daldre Hollandais au lion en Hollande (1575-1579)

A partir du 25 août 1575, les Etats de Hollande firent frapper une nouvelle monnaie d’argent, le daldre hollandais, appelé plus tard daldre au lion (leeuwendaalder). Maintenant le principe de la réserve, le nouveau daldre était tarifé à 32 patards, 3 patards au-dessus de sa valeur intrinsèque, de manière à verser la différence dans la caisse de guerre. La nouvelle monnaie ne faisait plus référence à Philippe II. Elle montrait un chevalier en armure tenant l’écu au lion de Hollande entouré de la légende Moneta nova argentea ordinum Hollandiae (Nouvelle monnaie d’argent de l’Etat de Hollande). Cette exploitation fiscale de la monnaie rapporta environ 1 million de florins dans les années 1575-1579, une somme considérable pour cette époque. L’émission du daldre au lion fut abandonnée en 1579 de manière à mettre fin au cours forcé en Hollande.

(After August 25, 1575, the States of Holland struck a new silver coins, the Holland daalder, later called the lion dollar. Maintaining the reverse principle, the new daalder was tariffed at 32 patards, three patards more than its intrinsic value, the difference to go to the war chest. The new coin made no reference to Philip II. It depicted a knight bearing a shield of Holland with the legend Moneta nova argentea ordinum Hollandiae (“New silver coin of the States of Holland”). The profits from this issue amounted to one million florins for 1575-79, a considerable sum for this epoch. The issue of lion daalders was abandoned in 1579 to put an end to its forced circulation in Holland.)

La prise de pouvoir des Etats généraux, 1576-1581

La situation empira dans les Pays-Bas après la mort de Requesens en mars 1576. Les troupes espagnoles, impayées depuis deux ans, se mutinèrent et se dirigèrent vers les riches provinces du Sud où elles se mirent à ravager le Brabant, pillant et détruisant plusieurs villes, dont Alost, Maastricht et finalement Anvers, la ville la plus prospère des Pays-Bas, qui subit la Furie Espagnole en novembre 1576. Plus de sept mille hommes, combattants ou bourgeois, furent massacrés, la ville fut incendiée et pillée de fond en comble. Quelques jours plus tard, les Dix-Sept Provinces des Pays-Bas se fédérèrent par la Pacification de Gand dans le but d’expulser les troupes espagnoles du pays. Le gouvernement fut confié aux Etats généraux, les anciens privilèges furent rétablis et les édits contre la réforme suspendus. Pour pallier au problème de liquidités, les Etats généraux décidèrent de suivre l’exemple hollandais et de faire frapper des monnaies à un cours forcé de manière à utiliser la différence comme un impôt de guerre.

(The situation worsened in the Netherlands after the death of Requesens in March 1576. Spanish troops, unpaid for two years, mutinied and went to the rich southern provinces where they began to ravage Brabant, looting and destroying several cities, including Aalst, Maastricht and finally, the most prosperous city of the Netherlands, Antwerp, which suffered the Spanish Fury in November 1576. More than seven thousand combantants and civilians were massacred and the town was pillaged and burned from top to bottom. A few days later, the Seventeen Provinces of the Netherlands formed the Pacification of Ghent in order to expel the Spanish troops in the country. The government was entrusted to the States General, the old privileges were restored and the edicts against the Protestants were suspended. To solve their cash flow problem, the States General followed the example of Holland and struck coins of forced circulation and used the difference as a war tax.)

Contrôlant la presque totalité des territoires, les Etats généraux décidèrent en janvier 1577 de faire frapper de nouvelles monnaies d’or et d’argent. La production commença le 11 février 1577: des doubles et simples florins d’or des Etats, des écus, demis et quarts d’écu des Etats. Le nouveau monnayage représentait toujours le roi d’Espagne avec sa titulature habituelle mais son buste fut remplacé par une représentation schématique à mi-corps. Les armes et la devise du roi furent également remplacées: le grand écu royal d’Espagne céda la place à l’ancien écu d’Autriche-Bourgogne de Philippe le Beau et de Charles Quint, déjà utilisé sur les écus et fractions de Bourgogne. Toutes les monnaies portaient la nouvelle devise Pace et Iustitia qui exprimait clairement les revendications des Etats généraux. Pour la première fois, la valeur en sous fut inscrite sur les monnaies d’argent à partir du demi-écu, soit 16-S, 8-S, 4-S et 1-S. Les écus des Etats furent en effet émis à 32 sous, qui était le cours des daldres d’empire et des écus de Bourgogne mais ils contenaient moins d’argent fin. La monnaie des Etats suivait ainsi la politique monétaire de Hollande et de Zélande et s’opposait totalement à celle du roi qui visait surtout la stabilité de la monnaie. Le contenu d’argent fin de l’écu des Etats (22,85 g) était de 16 % inférieur à celui de l’écu de Bourgogne (26,24 g). La différence entre ce cours forcé de 32 sous et la valeur intrinsèque permettait en partie le financement de l’effort de guerre contre les troupes espagnoles.

(In control of nearly the whole region, the States General decided in January 1577 to strike new silver and gold coins. Production commenced February 11, 1577, of single and double florins, of one, half and quarter écus. The new coinage still showed the king of Spain with his usual titles but depicted him as a half-length bust. The arms of Spain were replaced by the old arms of Austria-Burgundy used by Philip the Fair and Charles V. All the coins bore the legend Pace et Iustitia (“Peace and Justice”), expressing clearly the aims of the States General. For the first time, the face value was inscribed on the coin, starting with the half écu, 16-S, 8-S, 4-S and 1-S. These écus were effectively issued at 32 sols, the value of German thalers and Burgundian écus but contained less silver. The monetary policy of the States followed that of Holland and Zeeland and was opposite that of the king which emphasized monetary stability. The écu of the States contained 22.85 g of silver, 16% less than that of the Burgundian écu (26.24 g). The difference between the face value and the intrinsic value partially financed the war against the Spanish.)

Plusieurs provinces profitèrent de l’émission des Etats pour ouvrir un atelier. Les nouvelles monnaies d’argent furent mises en circulation à Anvers (écu, 273, demi-écu, 275), Bruxelles (demi, 278, quart, 279), Maastricht, Bruges (écu, 895, demi-écu 896, quart d’écu, 902), Mons pour le Hainaut (demi-écu, 564), remplacé ensuite par Tournai (écu, 570), Nimègue (écu, 1077, demi-écu, 1078), Hasselt pour l’Overijssel (écu, 1238, demi-écu, 1239). Des doubles florins des Etats (d’environ 3 g) furent aussi frappés en 1577. Un exemplaire de Bruges apparut dans la collection Veldeman (Elsen, vente 62, 24 juin 2000, 1272). Le patard des Etats, le liard (oord, initialement kwart stuiver, valant un quart de patard ou 12 mites) et le gigot (duit) furent également frappés.

(Many provinces profited from the emission of the States to open a mint. The new silver coins were issued at Antwerp, Brussels, Maastricht, Bruges, Mons (for Hainaut, later replaced by Tournai), Nijmegen and Hasselt (for Overijssel). States double florins of around 3 g were also struck in 1577. An example from Bruges appeared in the Veldeman collection (sold June 2000). The States patard, liard (initially a quarter patard) and the gigot or duit were also struck.)

Emis à un titre affaibli et un cours forcé, le monnayage des Etats ne rencontra pas le succès escompté et sa circulation fut interdite dans les territoires d’Empire. La plus grande confusion s’installa dans la circulation des espèces monétaires dans les Pays-Bas. Au Nord, les provinces se rapprochèrent et s’imposèrent des liens plus étroits par l’Union d’Utrecht (23 janvier 1579). Par le placard du 19 décembre 1579, elles supprimèrent la ‘‘réserve’’, la différence entre le cours forcé et la valeur intrinsèque, destinée au financement de la guerre, et mirent fin à la frappe des écus des Etats. Début 1580, le système monétaire royal d’avant la guerre fut rétabli, on reprit l’émission des couronnes d’or et des écus Philippe. Leur cours était cependant nettement plus élevé. En 1581, l’écu Philippe était passé à 50 patards soit une hausse de près de 43% depuis 1557. Cette émission se poursuivit jusqu’à la proclamation de la déchéance de Philippe II. La couronne d’or au titre de Philippe II fut frappée en 1580 et 1581 à Anvers (292-293), à Bruges et à Dordrecht (1180). La collection Huntington contient aussi les écus et demi-écus Philippe frappés à Anvers (294) et Bruges (910). Profitant de l’instabilité politique des premières années de la révolte, les Etats de Zélande décidèrent en décembre 1579 d’ouvrir un atelier monétaire provincial. La Hollande s’y opposa fortement mais l’atelier fut tout de même ouvert en 1580 à Middelbourg. On y frappa également des écus Philippe à la légende Phls. D. G. Hisp. Rex. Com. Zel. dès 1580.

(Issued at a weak fineness and forced circulation, the coinage of the States did not achieve great success and was banned from the Empire. The greatest confusion settled in the money of the Low Countries. The northern provinces drew closer together in the Union of Utrecht (January 23, 1579). An edict of December 15, 1579, suppressed the “reserve,” the difference between the face value and intrinsic value destined to finance the war, and put an end to the States écus. Beginning in 1580, the royal monetary system from before the war was reestablished and the issue of couronnes d’or and écu Philippe resumed. Their value had, of course, risen. In 1581, the écu Philippe reached fifty patards, an increase of 43% since 1557. The type was issued until the deposition of Philip II was proclaimed. The couronne d’or in the name of Philip II was struck 1580-81 at Antwerp, Bruges and Dordrecht. The Huntington collection also contained écus and half écus struck at Antwerp and Bruges. Profiting from the instability of the first years of the revolt, the States of Zeeland opened a provincial mint. Holland strongly opposed the new mint but opened one of her own at Middelburg in 1580, which struck écus Philippe.)

Emission de la ville d’Utrecht (1578)

Depuis le 14e siècle, la ville d’Utrecht avait le droit de battre de la petite monnaie. Le 1er décembre 1578, le conseil municipal décida de faire frapper des daldres de 30 sols sur le même pied (même taille, titre et cours) que les monnaies frappées au nom des Etats de Hollande. On frappa 50 exemplaires qui devaient être partagés entre les membres du conseil. Informés, les Etats de la Province firent rompre les coins et interdire la frappe, arguant que la ville n’avait pas le droit de faire frapper de grandes espèces (van Loon, I, 259). Du piéfort à l’écu municipal tenu par deux lions on ne connaît que deux exemplaires, le premier dans la collection du cabinet des médailles d’Utrecht, le second dans notre vente 89 (= Muller & Cie, vente, 6 avril 1888, 1546 = coll. Dr A. Vrolik = Schulman, vente, 8 novembre 1897 = coll. Virgil Brand = R. Schulman, vente 293, 19 mai 1992, 165 = coll. J. Lasser = Elsen, vente 89, 9 septembre 2006, 132).

(Since the fourteenth century, the town of Utrecht held the right to mint small change. On December 1, 1578, the municipal council decided to strike daalders of thirty sols on the same standard of weight and fineness as those struck in the name of the States of Holland. Fifty were struck and distributed among the council members.On being informed, the States of the province forbade the issue, arguing that the town did not have the right to mint large coins. Two surviving specimens are known, the first in the municipal cabinet of Utrecht, the second was osld in Jean Elsen sale 89 (September 2006).)

Rozenobels et Uniedaalders (1579)

Après l’abandon du monnayage des Etats, plusieurs provinces du Nord décidèrent de frapper de nouvelles monnaies d’or et d’argent. Les Etats d’Utrecht firent frapper en 1579 un rozenobel au type anglais, au cours de 8 florins, ainsi que ses subdivisions, le demi (1213) et le quart. Des rozenobels au titre de Philippe II furent aussi frappés en Gueldre (1085), Overijssel (1243) et pays de Groningen. La nouvelle monnaie d’argent, appelée Uniedaalder, fut émise par les Etats de Gueldre (1087), Utrecht (daldre, 1214, rarissime demi-daldre, 1216) et pays de Groningen (1351). Les Etats de Frise entre Eems et Lauwers, appelés aussi Petite Frise (Klein Friesland) ou pays de Groningue (Groninger Ommelanden), rejoignirent l’Union d’Utrecht et ouvrirent un atelier à Appingedam qui dut fermer dès 1580 à cause de la guerre qui se déroulait dans la région. (After abandoning the coinage of the States, many provinces of the north decided to strike new gold and silver coins. The States of Utrecht struck in 1579 a rose noble of the English type, valued at eight florins, along with subdivisions, the half and the quarter. Rose nobles in the name of Philip II were also struck in Gelderland, Overijssel and Groningen. The new silver coin, called the union dollar, was issued by the States of Gelderland, Utrecht and Groningen. The States of Friesland between Eems and Lauwers, also called Little Friesland or Groningen-Ommelanded, rejoined the Union of Utrecht and opened a mint at Appingedam. This mint was closed in 1580 after the region was devastated by war.)

L’Uniedaalder était aussi frappé au titre de Philippe II et portait au revers la célèbre devise Concordia Res parvae crescunt. Les pièces frappées à Utrecht présentent pour la première fois le lion de la Généralité tenant le faisceau de flèches et l’épée. Ceux-ci avaient été adoptés en 1579 par les Etats généraux et restèrent jusqu’à la fin de la République les armes et la devise de l’Union. Les monnaies d’or émises étaient de bonne qualité mais celles d’argent étaient dévaluées de 20% par rapport aux écus des Etats. De ce fait, leur émission cessa rapidement. En Overijssel, on poursuivit l’émission de rozenobels au titre de Philippe II de 1582 à 1586 (1244).

(The union dollar was struck in the name of Philip II and bore on the reverse the celebrated motto “Concordia Res parvae crescunt”. The pieces struck at Utrecht presented for the first time the lion of the Generality brandishing a sword and a bundle of arrows. This was adopted by the States General and remained until the end of the Republic the arms and motto of the Union. The gold coins were of good quality but the silver was devalued 20% compared to the écus of the States. Because of this, issues rapidly ceased. In Overijssel, the issue of rose nobles in the name of Philip II continued 1582-86.)

Frappe d’écus Philippe par Don Juan à Luxembourg et par Alexandre Farnèse à Namur (1578-1579)

En réaction à la révolte des Etats généraux, Don Juan, nommé gouverneur général des Pays-Bas par Philippe II, fut obligé de se retirer dans les états restés fidèles au roi, le Namurois et le Luxembourg. Il occupa par surprise la citadelle de Namur en juillet 1577 et en fit son quartier général. Ayant besoin d’un atelier monétaire pour payer ses troupes, Don Juan décida de rouvrir l’atelier de Luxembourg en février 1578 et dut faire venir du personnel de la Monnaie de Dole, la capitale de la Franche-Comté. L’atelier luxembourgeois ne donna pas satisfaction et fut fermé en septembre 1578. A la mort de Don Juan en octobre 1578, Alexandre Farnèse, duc de Parme, fut nommé gouverneur général et ordonna le transfert de l’atelier monétaire à Namur. Celui-ci avait été fermé en 1528 et fonctionna à nouveau de décembre 1578 à octobre 1579, étant alors le seul atelier sous le contrôle des Espagnols dans les Pays-Bas. On y frappa l’écu Philippe et ses subdivisions, le patard et le demi-patard de billon ainsi que les monnaies de cuivre particulières à Namur. Les monnaies d’argent de cette émission de 1578-1579 sont rarissimes. Chalon n’en connaissait aucune. Les divisionnaires de l’écu ne furent pas retrouvées. Seuls deux exemplaires de l’écu Philippe de 1579 sont répertoriés: l’exemplaire de la collection Bernays, publié en 1931 (Annales de la Société Archéologique de Namur, p. 324), actuellement conservé au Cabinet des Médailles de Bruxelles, et l’exemplaire de la vente Schulman, Amsterdam, 9 juin 1936, 264 (= Elsen, vente 87, 11 mars 2006, 474). Les monnaies particulières à Namur étaient des doubles deniers valant 8 mites (729). Le patard était en effet divisé en 12 deniers de compte namurois (1 d. de Namur = 4 mites).

(In reaction to the revolt of the States General, Don Juan, named governor general of the Low Countries by Philip II, was obliged to retreat to the loyal provinces, Namur and Luxemburg. He took by surprise the citadel of Namur in July 1577 and made it his headquarters. Having need of a mint to pay his soldiers, Don Juan decided to reopen the mint of Luxemburg and staffed it with personnel from the mint at Dole in the Franche-Comté. This mint was unsatisfactory and was closed in September 1578. On the death of Don Juan in October 1578, Alexander Farnese, duke of Parma, was named governor general and ordered the transfer of the mint to Namur. The mint there had closed in 1528 and operated again during December 1578 to October 1579 as the only mint in the Low Countries under Spanish control. That mint struck the écu philippe and its subdivisions, billon patards, half patards and local copper coinage. The silver coins of 1578-79 are extremely rare. Chalon knew of none. The écu minors are unknown. Only two examples of the écu Philippe are reported; one now in the cabinet of medals at Brussels and the other sold in Jean Elsen sale 87, March 2006. Local coinage in Namur included double deniers valued at eight mites. The patard was divided into twelve deniers with one denier worth four mites.)

La reconquête des Pays-Bas méridionaux par Alexandre Farnèse

Excellent chef de guerre et habile diplomate, Farnèse parvint à exploiter les dissensions des révoltés pour traiter avec les provinces catholiques, puis pour reconquérir le Brabant et la Flandre, où seule Ostende refusa de se soumettre. Il écrasa l’armée des Etats généraux à Gembloux (janvier 1578), obligea Guillaume d’Orange à se réfugier à Anvers et obtint le ralliement des provinces du Sud. Le 6 janvier 1579, le duc de Parme réussit à rallier l’Artois, le Hainaut et Douai dans l’Union d’Arras qui se réconcilia avec Philippe II le 15 mai 1579. Dans le nord se forma l’Union d’Utrecht (23 janvier 1579) à laquelle adhérèrent les provinces septentrionales et de nombreuses villes et régions méridionales des Pays-Bas. Cette Union reconnaissait l’autorité des Etats généraux sans toutefois rejeter la souveraineté de Philippe II.

(Able war chief and suave diplomat, Farnese exploited the divisions among the rebels to treat with the Catholic provinces and reconquer Brabant and Flanders. Only Ostend refused to submit. He crushed the army of the States General at Gembloux in January 1578, forcing William of Orange to seek refuge in Antwerp. On January 6, 1579, the duke of Parma managed to rally Artois, Hainaut and Douai to the Union of Arras and reconcile with Philip II on May 15, 1579. The northern provinces formed the Uniion of Utrecht (January 23, 1579) and won the adherence of many southern towns and regions. This union recognized the authority without explicitly rejecting that of Philip II.)

Le siège de Maastricht, du 12 mars au 28 juin 1579, marqua le début de la reconquête du Brabant et de la Flandre par l’armée espagnole. Après de durs combats, la ville fut enlevée par surprise et livrée au pillage (juin 1579). Il y eut trois émissions de monnaies de nécessité de cuivre pendant le siège aux légendes Pro iustae causae defensione et Traiecto ab Hispanis obsesso (301). A Maastricht, l’atelier recommença à frapper pour le roi en 1580 (347). Bois-le-Duc (’s-Hertogenbosch) fut la première ville à abandonner le parti des Etats et à se soumettre au duc de Parme. Farnèse y ouvrit un nouvel atelier monétaire royal et la production débuta le 10 mai 1581 (352).

(The siege of Maastricht, from March 12 to June 28, 1579, marked the beginning of the reconquest of Brabant and Flanders by the Spanish army.. After hard fighting, the town was taken by surprise and plundered in June 1579. Three issues of copper necessity coins were made during the siege with the legend “Pro iustae causae defensione et Traiecto ab Hispanis obsesso.” At Maastricht, the mint began striking for the king in 1580. Bois-le-Duc (’s-Hertogenbosch) was the first town to abandon the States General and submit to the duke. Farnese opened a new royal mint there and production began on May 10, 1581.)

En juillet 1579, Parme occupa le fort de Willebroek et ferma le canal reliant l’Escaut à Bruxelles qui fut entièrement isolée. Bientôt le numéraire vint à manquer et les autorités de la ville obtinrent des Etats généraux l’autorisation de frapper des monnaies de nécessité en or et en argent. Elles devaient circuler au même cours que la couronne d’or, l’écu des Etats et le demi-écu des Etats, dont les cours étaient déjà montés à 60 sols, 36 sols et 18 sols. Ces monnaies obsidionales au saint Michel terrassant le dragon, accosté de la date, sous 36 ST (36 stuivers = 36 sols ou patards) et la légende Perfer et Obdura Bruxella, furent frappées de septembre 1579 à août 1580, date à laquelle la garnison parvint à dégager la ville et à rétablir les communications.

(In July 1579, Parma occupied the fort of Willebroek and closed the canal linking the Scheldt to Brussels, leaving it entirely isolated. Soon the cash ran out and the city authorities obtained from the States General permission to mint necessity coins in gold and silver. They circulated at the same value as the couronne d’or, the écu of the States General and the half écu, whose values rose to 60 sols, 36 sols and 18 sols. The siege coinage depicted St. Michael slaying the dragon, flanked by the date and denomination and the legend Perfer et Obdura Bruxella. These were struck between September 1579 and August 1580, when the garrison succeded in breaking the siege and reestablishing communications.)

Après la prise de Maastricht et l’occupation du Brabant, Tournai fut la dernière ville des provinces du Sud restée fidèle aux Etats généraux. Le duc de Parme vint y mettre le siège le 5 octobre 1581. Après avoir résisté pendant deux mois, la ville capitula le 30 novembre 1581. Deux émissions de monnaies de nécessité eurent lieu pendant le siège. Sous contrôle espagnol, l’atelier de Tournai refrappa des réaux et demi-réaux d’or (573), des écus Philippe (574), des demis (577), des cinquièmes (584), des dixièmes (585) et des vingtièmes (587), des doubles patards (595) et des mailles (599). Après la prise de Tournai, une partie de la noblesse (dont le duc d’Arschot) et des villes (Malines, Valenciennes) se rallièrent à Farnèse. Fin 1581, les Etats wallons le reconnurent comme leur gouverneur général. Le prince de Parme soumit ensuite les villes de Flandre et de Brabant qui étaient encore fidèles aux Etats généraux. L’atelier de Mons recommença aussi à frapper pour le roi en 1581. Citons notamment le rarissime demi-réal d’or de Hainaut (567). Un nouvel atelier royal fut ouvert à Arras en 1582 (656). La collection Huntington présente une série exceptionnelle de monnaies d’Artois sous Philippe II, notamment la couronne d’or (651) et le piéfort de l’écu Philippe frappé en 1592 (654). L’atelier fut fermé en 1593 après que les ateliers des provinces méridionales furent à nouveau tous sous contrôle royal.

(After the capture of Maastricht and the occupation of Brabant, Tournai was the last town in the South still faithful to the States General. The duke of Parma came and laid siege on October 5, 1581. After resisting for two months, the town surrendered November 30, 1581. Two issues of necessity coinage were made during the siege. Under Spanish control, the Tournai mint restruck gold reals and half reals, silver one, half, fifth, ten and twentieth écus Philippe, double patards and mailles. After the capture of Tournai, part of the nobility (including the duke of Arschot) and the towns (Malines and Valenciennes) rallied to Farnese. At the end of 1581, the Walloon States recognized him as their governor general. The prince of Parma received the submission of the towns of Flanders and Brabant that had been loyal to the States General. The mint at Mons restarted striking for the king in 1581. We note an extremely rare gold demi-real d’or of Hainaut. A new royal mint was opened at Arras in 1582. The Huntington collection presents an exceptional series of coins under Philip II, notably a couronne d’or and a piefort of an écu Philippe struck in 1592. The mint was closed in 1593 after the southern provinces were returned to royal control.)

Déchéance de Philippe II et souveraineté de François d’Alençon

L’aggravation du conflit, les troubles et la guerre contre l’Espagne provoquèrent l’éclatement des Dix-Sept Provinces en 1579 et allaient donner naissance à un nouvel Etat, une république, dans une Europe encore profondément monarchique. En août 1580, cherchant à gagner l’alliance de la France, les Etats généraux offrirent la souveraineté des Pays-Bas au duc d’Anjou, François d’Alençon, frère cadet d’Henri III, qui s’empressa de l’accepter et vint combattre les troupes espagnoles avec quelques huguenots français. Il fut nommé « défenseur de la liberté aux Pays-Bas contre la tyrannie des Espagnols » par les Etats généraux. Après avoir obligé Alexandre Farnèse à lever le siège de Cambrai, le duc d’Anjou s’embarqua pour l’Angleterre dans l’espoir d’y épouser la reine Elisabeth afin de constituer une grande alliance contre l’Espagne mais les négociations entre la France et l’Angleterre ne purent aboutir. Le 26 juillet 1581, les Etats généraux déclarèrent solennellement la déchéance de Philippe II à La Haye par l’Acte d’Abjuration (Plakkaet van Verlatinghe). Ils déclarèrent Philippe II, considéré comme un tyran, déchu de sa souveraineté sur les Pays-Bas, interdirent la présence de son nom sur les monnaies et mirent fin à la frappe des écus Philippe qui venaient d’être réintroduits.

(The aggravation of the conflict and the troubles of war provoked the collapse of the Seventeen Provinces in 1579 and gave birth to a new state, a republic, in a Europe profoundly monarchical. In August 1580, seeking an alliance with France, the States General offered the sovereignty of the Low Countries to the duke of Anjou, Francis of Alençon, younger brother of Henry III, king of France. The duke hastened to accept and came to fight the Spanish with some French Huguenots. He was named “defender of the liberty of the Netherlands against the tyranny of the Spanish” by the States General. After forcing Farnese to lift the siege of Cambrai, the duke of Anjou embarked for England in the hope of marrying queen Elizabeth to a grand alliance against Spain but the negotiations failed. On July 26, 1581, the States General solemnly deposed Philip II by the Act of Abjuration. They declared Philip II, considered a tyrant, stripped of his sovereignty over the Netherlands and removed his name from the coinage and ended the issue of the recently resumed écu Philippe.)

Le monnayage du duc d’Alençon (1582-1584)

Après avoir tenté en vain d’obtenir la main de la reine Elisabeth d’Angleterre, le duc d’Anjou revint dans les Pays-Bas et y fut inauguré duc de Brabant en février 1582, puis comte de Flandre en juillet 1582. Les provinces du Nord refusèrent de le reconnaître alors que celles du Sud (Luxembourg, Namur, Hainaut, Artois) s’étaient ralliées au duc de Parme dès 1579. La Flandre et le Brabant maintinrent la politique monétaire adoptée en 1579 et continuaient à frapper selon le même système mais en remplaçant le nom du roi par celui du nouveau souverain, François d’Anjou, duc d’Alençon. Ce monnayage se composait de couronnes d’or et de demi-écus d’argent (299), frappés sur le même pied que les couronnes d’or et demi-écus Philippe. La couronne d’or de François d’Alençon est de la plus haute rareté (collection Veldeman, Elsen, vente 62, 24 juin 2000, 979). Des liards furent aussi frappés à son nom. Malgré des débuts prometteurs, François d’Alençon se rendit rapidement impopulaire en raison de son caracère orgueilleux. La légende de ses monnaies en témoigne: Aeternum meditans decus (aspirant à la gloire éternelle). Voulant transformer sa souveraineté contrôlée par les Etats en pouvoir absolu, le duc d’Alençon cessa d’être reconnu par la ville de Gand dès 1582. En janvier 1583, les troupes françaises du duc tentèrent de s’emparer par surprise des principales places fortes de Flandre et de Brabant mais elles furent repoussées. Les Etats et Anjou ne purent se réconcilier alors qu’Alexandre Farnèse prenait place après place. Jugeant la situation sans espoir, le duc quitta définitivement les Pays-Bas en juin 1583 et mourut l’année suivante à Château-Thierry, à l’âge de 28 ans.

(After failing to obtain the hand of Elizabeth of England, the duke of Anjou returned to the Netherlands and was inaugurated duke of Brabant in February 1582 and count of Flanders in July 1582. The northern provinces refused to recognize the new duke and the southern provinces (Luxemburg, Namur, Hainaut and Artois) remained loyal to the duke of Parma. Flanders and Brabant maintained the monetary policy adopted in 1579 and continued to issue the same coins, replacing the king’s name with that of the new sovereign, Francis of Anjou. The coinage was composed of couronnes d’or and silver half écus, struck to the old standard. The couronne d’or of Francis d’Alençon is of the highest rarity. Liards were also struck in his name. In spite of a promising beginning, Francis quickly made himself unpopular by his arrogant manner. His coins bore the motto “Aeternum meditans decus” (aspiring to eternal glory). Wishing to convert his title into absolute power, the duke was not recognized by the town of Ghent in 1582. In January 1583, French troops attempted to seize the strongholds of Flanders and Brabant but were repulsed. The States and the duke of Anjou wrangled as Farnese took place after place. Judging the situation hopeless, the duke left the Netherlands for good in June 1583 and died the following year at Château-Thierry at the age of 28.)

La République de Gand (1581-1584)

A Gand, la révolte contre Philippe II amena des calvinistes radicaux à fonder une république en 1581 qui émit des nobles d’or, des demis et des quarts sur lesquels elle se fit appeler fièrement ‘‘la métropole de Flandre restaurée’’. Sur les nobles de 1581 et 1582 figurait un guerrier couronné debout dans un bateau, tenant l’épée et l’écu au lion, et à l’arrière un lion tenant une bannière aux armes de François d’Alençon. Dès le 18 septembre 1582, d’Alençon ne fut plus reconnu comme souverain par les dirigeants gantois. Après cette date, la bannière du duc d’Alençon fut remplacée par la bannière aux deux mains jointes. En 1583 et 1584, la bannière représentait le lion. Dans la collection Huntington se trouvent le noble de 1582 à la bannière du duc d’Alençon (923, 924), le demi-noble (925) et le quart de noble (926), le noble de 1582 avec les deux mains jointes (933), le noble de 1583 au lion dans la bannière (934) et le demi-noble correspondant (935). Le monnayage gantois en argent était constitué de pièces de 8 patards (940) et leurs subdivisions, celui de cuivre de pièces de 12, 6 et 4 mites. L’émission des nobles gantois prit fin en 1584 après la prise de la ville par le duc de Parme (mai 1584).

(At Ghent, the revolt against Philip II caused the radical Calvinists to found a republic in 1581 which issued gold one, half and quarter nobles with the legend “the metropolis of Flanders restored.” On the nobles of 1581-82, the obverse depicted a crowned soldier stepping out of boat bearing a sword and a shield. The reverse showed a lion holding a banner with the arms of the Francis of Alençon. As of September 18, 1582, Francis was no longer recognized as sovereign by the Ghentish leaders. After that date, the banner of the duke was replaced by the banner of two joined hands. For 1583-84, the banner represented a lion. In the Huntington collection was a gold noble of 1582 showing the banner of the duke, half, quarter and one nobles of 1582 of the two joined hands, and a noble and half noble with the banner of the lion. The silver coins of Ghent comprised pieces of eight patards and its subdivisions and copper pieces of twelve, six and four mites. The issue of nobles from Ghent ended when the duke of Parma took the town in May 1584.)

Comme Gand, Ypres avait refusé de reconnaître François d’Alençon comme comte de Flandre. Farnèse mit le siège devant la ville en août 1583 et s’en empara après une longue résistance, le 9 avril 1584. Pour parer au manque de numéraire, le magistrat décida de contremarquer les monnaies présentes dans la ville pour leur donner un cours supérieur. La monnaie la plus remarquable du siège est un ducat de Louis II de Hongrie, daté de 1526 et contremarqué du Y gothique couronné. Un seul exemplaire est connu: collection Théry = Delmonte 551 (cet exemplaire) = Haeck 733 (cet exemplaire) = collection Cools = collection Veldeman = Elsen, vente 62, 24 juin 2000, 1276 = collection J. Lasser = Elsen, vente 91, 24 mars 2007, 1168.

(Like Ghent, Ypres refused to recognize Francis of Alençon as count of Flanders. Farnese laid siege to the town in August 1583 and captured it on April 9, 1584, after a long resistance. To meet a shortage of cash, the magistrates decided to countermark those coins presented to the town with a higher value. The most remarkable piece from this siege is a ducat of Louis II of Hungary, dated 1526 and countermarked with a crowned Gothic “Y”. Only one example is known, sold in Jean Elsen auction 91 (March 2007).

Les monnaies au lion des Etats de Brabant et de Flandre, l’écu Robustus et le piéfort du daldre au lion, 1584

Après la fuite du duc d’Anjou, les Etats de Brabant et de Flandre reprirent les rênes du pouvoir sans reconnaître de nouveau prince. Ils décidèrent la frappe d’un nouveau monnayage reprenant le type du lion d’or de Philippe le Bon, symbole de la liberté, de la prospérité et de la paix révolues. Des lions d’or furent frappés à Bruges jusqu’à la reddition de la ville en mai 1584 (915) et à Anvers. De très rares demi-lions d’or furent également mis en circulation à Anvers et Bruges (916). Le lion était devenu le véritable emblème des Pays-Bas. Il était l’animal héraldique repris par la plupart de ses provinces. A partir de 1583, les cartographes représentèrent ainsi les Pays-Bas sous la forme emblématique du Leo Belgicus. Le Leo Belgicus gravé par Claes Janszoon Visher en 1609 est resté célèbre.

(After the exit of the duke of Anjou, the States of Brabant and Flanders resumed the reins of power without recognizing a new prince. They decided to strike a new coinage bearing the lion of Philip the Fair, symbol of liberty, prosperity and the return of peace. The lions d’or were struck in Bruges until that city’s surrender (May 1584) and at Antwerp. The extremely rare half lions d’or were also circulated in Bruges and Antwerp. The lion became the true emblem of the Netherlands. It was the heraldic animal used by most of the provinces. After 1583, mapmakers represented the Low Countries in the form of a lion, Leo Belgicus. The Leo Belgicus engraved by Claes Janszoon Visher in 1609 remains famous.)

En 1584, les Etats de Brabant mirent en circulation à Anvers le célèbre et rarissime écu Robustus, le demi-écu Robustus (300) et la pièce de 5 sols en argent (ainsi nommés d’après la fin de leur légende Confortare et esto Robustus). D’une finesse de gravure remarquable, l’écu Robustus montrait un guerrier antique debout de face, brandissant son glaive, devant le lion brabançon. Au revers figurait l’écu de Brabant couronné, accosté de deux B couronnés, entouré de la légende Moneta ducatus Brabantiae. Un exemplaire se trouvait dans la collection du prince de Ligne (= Sotheby, 26 juin 1968, 269 = Elsen, vente 59, septembre 1999, 1364). Un écu Robustus superbe, probablement le meilleur connu, se trouvait dans la collection Veldeman (= Elsen, vente 62, 24 juin 2000, 983 = collection J. Lasser = Elsen, vente 89, 9 septembre 2006, 5).

(In 1584, the States of Brabant placed in circulation the celebrated and extremely rare écu Robustus and the matching half écu and five sols piece, so named from the motto “Confortare et esto Robustus”. Remarkably well engraved, the écu Robustus depicts an antique warrior brandishing his sword before the Burgundian lion. On the reverse are the crowned arms of Brabant between two crowned “B’s” with the legend “Moneta ducatus Brabantiae” around. A superb example, likely the finest known, was sold in the Veldeman collection (Jean Elsen sale 80, September 2006).)

La même année, les Etats de Brabant frappèrent à Anvers un daldre commémoratif en poids fort, également au type du lion d’or de Philippe le Bon, portant les mentions explicites dans le champ: sur ordre des Etats (Ordinibus iubentibus) au droit et signe de l’interrègne (Symbolum interregni) au revers. Seulement 6 exemplaires sont connus de ce daldre de 1584. Un exemplaire se trouvait dans la collection Virgil Brand, puis dans la collection Lasser (Elsen, vente 89, 9 septembre 2006, 4), un autre dans la collection dispersée en 1999 (Elsen, vente 59, 1363).

(The same year, the States of Brabant struck at Antwerp a commemorative daalder of heavy weight equal to the gold lion d’or of Philip the Fair which explicitly states by order of the States (Ordinibus iubentibus) on the obverse and the interregnum (Symbolum interregni) on the reverse. Only six pieces are known of this daalder of 1584. One example was in the Virgil Brand collection (sold in Jean Elsen sale 89, September 2006) and another sold in 1999 (Jean Elsen sale 59).)

La ville de Bruges révoltée émit également, en 1583, des escalins (schellingen) de 6 patards (917). Les excès des calvinistes fanatiques à Bruges provoquèrent le développement d’un mouvement favorable à Farnèse. Le stadhouder de Flandre, Charles de Croÿ, prince de Chimay et duc d’Arschot-Arenberg, rejoignit le duc de Parme en 1584. Bruges le suivit le 20 mai 1584. Dès 1585, on y refrappa la couronne (947), l’écu Philippe et ses fractions.

(The rebel town of Bruges also issued in 1583 some escalins of six patards. The excesses of the fanatical Calvinists at Bruges provoked a reaction in favor of Farnese. The stadtholder of Flanders, Charles de Croy, prince of Chimay and duke of Arschot-Arenburg, rejoined the duke of Parma in 1584. Bruges followed in May 1584. After 1585 royalist couronnes d’or and écus philippe were struck there.)

Restauration de Philippe II dans les Pays-Bas méridionaux (1585-1598)

Après la chute de Gand en 1584, Farnèse assiégea Anvers. Pour se rendre maître de la métropole, il dut fermer l’Escaut par un immense pont de bateaux que les assiégés tentèrent en vain de briser. Après un siège de plus d’un an et une résistance héroïque dirigée par Marnix de Sainte-Aldegonde, Farnèse s’empara de la ville en août 1585. Les Etats généraux résidaient désormais à La Haye et conclurent avec Elisabeth le traité de Nonsuch (1585), une alliance militaire par laquelle l’Angleterre entra en guerre ouverte avec l’Espagne. La chute d’Anvers acheva la reconquête des Pays-Bas méridionaux où l’autorité espagnole fut complètement rétablie. Farnèse ordonna de refrapper à Anvers des écus Philippe et leurs subdivisions. En 1585 et 1586 furent également émis des daldres en piéfort, avec et sans les armes de Portugal. Un exemplaire se trouvait dans la collection Fürstenberg (vente Nomisma, Zurich, 26 février, 1934, 575 = vente Nussbaum, Zurich, 31 juillet 1939 = Elsen, vente 87, 11 mars 2006, 256). Un autre exemplaire faisait partie de la collection dispersée en 1999 (Elsen, vente 59, 1367). Un daldre en piéfort sans différent d’atelier se trouve dans la collection Huntington (303). On reprit aussi à Anvers l’émission des couronnes d’or (un exemplaire daté 1586, 302).

(After the fall of Ghent in 1584, Farnese besieged Antwerp. To capture the city, he closed the Scheldt by an immense floating bridge that the besieged tried in vain to break. After a siege of over a year and a heroic resistance directed by Marnix de Sainte-Aldegonde, Farnese took the city in August 1585. The States General removed to La Haye and concluded with Elizabeth the treaty of Nonsuch (1585) by which England would declare war on Spain. The fall of Antwerp achieved the reconquest of the southern provinces and reestablished Spanish authority. Farnese ordered the restriking of écus Philippe and its subdivisions. In 1585-86 piefort daalders were issued with and without the arms of Portugal. One example was found in the Furstenburg collection (Jean Elsen sale 87) and another was sold in 1999 (Jean Elsen sale 59). A piefort daalder without mintmark was found in the Huntington collection and a couronne d’or from Antwerp dated 1586.)

Après la restauration de Philippe II, les écus Philippe et leurs divisions furent refrappés dans les autres ateliers brabançons, en Flandre, à Namur et à Tournai... A Tournai furent également émis des 4 patards, des doubles patards, des patards et des mailles (sous Philippe II la maille était la pièce de 4 mites), à Mons des demi-écus Philippe en 1585. En 1592, l’atelier de Bruxelles travailla à nouveau. On y frappa des écus Philippe au buste tourné à droite, avec la lettre B dans le millésime, comme ce fut le cas en 1576-1577 (319) et des demi-écus (326).

(After the restoration of Philip II, écus Philippe and its minors were restruck at the Brabant mints, in Flanders, Namur and at Tournai. At Tournai were also struck pieces of four patards, double patards, patards and mailles (under Philip II the maille was worth four mites) and at Mons half écus in 1585. In 1592, the Brussels mint resumed production of écus and half écus Philippe with the bust facing right with a “B” by the date like those of 1576-77.)

Fort de l’énorme appui financier de l’Espagne, le duc de Parme paraissait en mesure de porter la guerre dans les provinces du Nord mais Philippe II décida d’attaquer l’Angleterre. Le projet se solda par la déroute de l’Invincible Armada (1588). Le roi d’Espagne ordonna ensuite de soutenir la Ligue de France dans sa guerre contre Henri IV de Navarre et ordonna à Farnèse de mener trois campagnes successives en France, de 1590 à 1592. Il mourut au retour de la dernière. Philippe II continua à soutenir le parti catholique en France, ravagée par les guerres de religion. Un affaiblissement de la puissance de l’Espagne aux Pays-Bas était donc dans l’intérêt de la France tandis qu’Elisabeth d’Angleterre, voulant empêcher que la France remplace l’Espagne dans les Pays-Bas, soutenait les Etats généraux. En 1596, la France, l’Angleterre et la République des Provinces-Unies s’allièrent contre l’Espagne mais cette alliance fut rompue par la paix de Vervins en 1598 entre la France et l’Espagne.

(Because of the enormous financial strain on Spain, the duke of Parma advocated carrying the war to the northern provinces but Philip II decided to attack England. This project miscarried in the disaster of the Invincible Armada (1588). The king then decided to support the League in France against Henry IV of Navarre and ordered Farnese to conduct three campaigns in France, from 1590 to 1592. He died on returning from the last. Philip II continued to support the Catholic party in France, ravaged by the wars of religion. Spanish strength in the Netherlands was weakened by these efforts and Elizabeth, wishing to help France and replace Spain in the Low Countries, aided the States General. In 1596, France, England and the United Provinces formed an alliance against Spain but this alliance was broken by the peace of Vervins in 1598 between France and Spain.)

Monnaies au type espagnol dans les Provinces-Unies

Différentes villes et provinces du Nord décidèrent de maintenir un monnayage de type espagnol après la déchéance de Philippe II. Le type le plus répandu fut le double ducat, imitant la double excelente de Ferdinand et Isabelle. Le cours du double ducat était de 3 florins ou 60 sols. Sur les ducats (1197) et doubles ducats (1192) frappés par les Etats de Zélande en 1581-1583 figuraient les bustes des rois catholiques entourés de la légende au nom de Philippe II. L’Overijssel émit aussi des doubles ducats au titre de Philippe II (1246). En Gueldre par contre, le nom du roi disparut des monnaies. L’atelier de Harderwijk frappa en 1589 des doubles ducats au type de Ferdinand et Isabelle avec la légende Mon. Ord. Gel. val. Hisp. désignant une monnaie des Etats de Gueldre émise à la valeur des doubles ducats d’Espagne (1093). Dès 1586, le ducat devint la pièce d’or la plus importante des Provinces-Unies. De 1590 à 1593, l’Overijssel continua la frappe de doubles ducats (1254) et de ducats au type espagnol (1268). On en frappa encore vers 1600 à Kampen (1315), à Zwolle (1329) et à Hoorn en West-Frise (1355). Pour le monnayage d’argent, on reprit le type de l’écu de Bourgogne en Gueldre (1094), en Overijssel (1248), en Zélande (1198) et à Culemborg en 1589 pour les Groninger Ommelanden (1353).

(Some towns and provinces of the north decided to retain Spanish style coinage after the deposistion of the king. The type most used was the double ducat, imitative of the double excelente of Ferdinand and Isabella. The double ducat was worth three florins or sixty sols. On the ducats and double ducats struck by the States of Zeeland were depicted the Catholic Kings but in the name of Philip II. Overijssel also minted double ducats in the name of Philip II. In Gelderland, on the other hand, the king’s name disappeared from the coins. The mint of Harderwijk struck in 1589 double ducats of the type of Ferdinand and Isabella with the legend Mon. Ord. Gel. val. Hisp, designating the coins as from the States of Gelderland and of the value of two Spanish ducats. From 1586, the ducat became the most important gold coin of the United Provinces. During 1590-93, Overijssel continued to strike double ducats and Spanish type ducats. These were also issued from Kampen, Zwolle and Hoorn in Westfriesland. For silver, one sees Burgundian écus from Gelderland, Overijssel, Zeeland, Culemborg and Groningen-Ommelanden.)

Albert et Isabelle (1598-1621)

A la fin de sa vie Philippe II conçut le projet de rendre leur apparente souveraineté aux Pays-Bas espagnols en les cédant à sa fille Isabelle, qu’il projetait de marier à l’archiduc Ernest d’Autriche, gouverneur des Pays-Bas. Ce dernier mourut en 1595 et fut remplacé par son frère Albert d’Autriche, cardinal de Tolède et vice-roi du Portugal. Ayant quitté les ordres, Albert épousa l’infante Isabelle en 1599, quelques mois après la mort de Philippe II. Il poursuivit la guerre contre les Provinces-Unies sans grand succès, si ce n’est la prise d’Ostende qui soutint un siège de trois ans contre les Espagnols (1601-1604).

(At the end of his life, Philip II conceived the project of turning over sovereignty of the Spanish Netherlands to his daughter Isabelle, whom he planned to marry to the archduke Ernest of Austria, governor thereof. The archduke died in 1595 and was replaced by his brother Albert of Austria, cardinal of Toledo and viceroy of Portugal. After leaving holy orders, Albert married princess Isabelle in 1599, some months after the death of Philip II. He pursued the war against the United Provinces without great success except for the capture of Ostend after three years of siege.)

Au début du 17e siècle, l’effort de guerre coûtait à l’Espagne plus de 5.000.000 de florins par an et le pays ne trouva plus de ressources pour ce conflit. Malgré les énormes richesses acheminées des Amériques vers Séville, l’Espagne avait fait faillite à trois reprises sous le règne de Philippe II, entraînant la banqueroute de nombreux banquiers. Pour les Provinces-Unies l’effort de guerre était aussi très lourd : les dépenses militaires avaient doublé et celles pour les fortifications quintuplé. Epuisés financièrement, les belligérants cessèrent le feu en 1607 après trente ans d’hostilités, mais ne parvinrent pas à s’entendre sur les termes d’un traité de paix. Les Espagnols exigeaient en effet la garantie de la tolérance pour tous les catholiques, la levée du blocus de l’Escaut et des ports flamands tenus par les navires hollandais depuis 1585 et l’arrêt de tout commerce avec l’Amérique et l’Asie, alors que venait de se créer la Compagnie des Indes Orientales en Hollande (Verenigde Oost-Indische Compagnie). Les Provinces-Unies et l’Espagne finirent par décréter une trêve longue en 1609, la trêve de Douze Ans (1609-1621). Les Provinces-Unies profitèrent de la trêve pour consolider une position dominante parmi les grandes puissances d’Europe Occidentale tandis que les Pays-Bas méridionaux furent entraînés par le déclin espagnol et devinrent progressivement le champ de bataille entre les Bourbons et les Habsbourg, puis un état-tampon entre les Provinces-Unies et la France.

(At the turn of the century, the war was costing Spain more than five million florins per year, more than the country could afford. In spite of the enormous resources of the New World transmitted through Seville, Spain defaulted three times during the reign of Philip II, bankrupting many financiers. For the United Provinces, the cost of war was very heavy; expenses for the military doubled and charged for fortifications quintupled. Financially exhausted, the belligerents ceased fire in 1607 after twenty years of hostilities but no peace treaty was negotiated. The Spanish demanded tolerance for Catholics in the north, lifting of the blockage of the Scheldt and the Flemish ports and an embargo on trade with America and Asia, where the United East India Company had commenced operations. The United Provinces and Spain finally decreed in 1609 a truce of twelve years (1609-21). The United Provinces profited by the truce to consolidate a dominant position as one of the great powers of Europe while the southern provinces began their decline, becoming a battleground between the Bourbons and the Hapsburgs and finally a buffer state between the Netherland and France.)

Dès l’arrivée des archiducs Albert et Isabelle dans les Pays-Bas, le système monétaire fut entièrement réformé. Les monnaies d’or furent émises dans le système du ducat : double ducat d’environ 7 g, aux bustes affrontés des archiducs, valant 7 ½ florins (360), tiers du double ducat ou albertin, à l’écu couronné entouré du collier de la Toison d’or, valant 2 ½ florins (375, 971) et double tiers ou double albertin, valant 5 florins (364, 970). En même temps, ils mirent en circulation le double florin d’argent (Maastricht, 383), le florin (385) et le demi-florin (387). Le système fut complété à partir de 1603 par le réal d’argent (395), au cours de 5 patards (¼ de florin), le triple réal (390), le demi-réal (398) et le quart de réal (Bois-le-Duc, 400). En cuivre, on frappa le liard ou quart de patard de 12 mites (402) et le huitième de patard ou gigot (duit) de 6 mites (412).

(On the arrival of the archdukes Albert and Isabelle in the Netherlands, the monetary systems was completely reformed. The gold coins were issued on the ducat standard; a double ducat around 7 grams, with the busts of the archdukes, valued 7½ florins, an albertin d’or worth two-thirds of a ducat, with crowned arms and the Order of the Golden Fleece worth 2½ florins and a double albertin d’or worth five florins. At the same time, they issued a silver double florin, florin and half florin. The system was completed after 1603 by the silver real worth five patards, a triple real, a half real and a quarter real. In copper, there were liards (quarter patard) and duits (eighth patard or six mites).)

Albert et Isabelle s’attachèrent à relever le pays, dévasté par quarante années de guerre et vidé d’une partie de sa population. De nombreuses mesures furent prises pour restaurer l’ordre et la sécurité, relever les finances et relancer le commerce. Le système monétaire fut aussi entièrement remanié, afin de pourvoir les Pays-Bas d’une monnaie stable. En 1612, les archiducs firent frapper des doubles souverains les représentant trônant de face, des souverains et des demi-souverains (valant respectivement 12, 6 et 3 florins, soit 240, 120 et 60 sols). La collection contient notamment un double souverain frappé à Bruxelles en 1619 (423), des exemplaires de Bruges datés 1613 (976) et 1616 (977), et de Tournai (621). Des demi-souverains valant 3 florins ou 60 sols furent émis à Anvers, à Bruxelles et à Tournai (622). On mit également en circulation des souverains d’argent, rapidement appelé patagons, valant 48 patards et reprenant le type de la croix de Bourgogne (442, 624), ainsi que des demi-patagons et quarts de patagon.

(Albert and Isabelle attempted to relieve the country, devastated by forty years of war and bereft of parts of its population. Numerous measures were implemented to relieve the finances and relaunch commerce. The monetary system was completely reformed tp provide the Netherlands with a stable currency. In 1612, the archdukes began striking double, single and half souverains d’or (valued at twelve, six and three florins respectively). The collection contained a double souverain d’or struck at Brussels in 1619, examples from Bruges dated 1613 and 1616 and one from Tournai. Half souverains d’or worth three florins were struck at Antwerp, Brussels and Tournai. Also issued were silver souverains or patagons of 48 patards bearing the Burgundian cross along with half and quarter patagons.)

La couronne d’or ou écu d’or fut à nouveau frappée à partir de 1614, en Brabant, en Flandre et à Tournai (623), au cours de 3 florins et demi (72 sols) ou 1 ½ patagon. Les patagons et leurs fractions furent maintenus en circulation lorsque les archiducs créèrent en 1618 de nouvelles monnaies d’argent, le ducaton et le demi-ducaton, aux bustes accolés des archiducs. Le cours d’émission du ducaton (424) était de 60 sols ou un demi-souverain d’or (3 florins), celui du demi-ducaton 30 sols (435). Ainsi 4 ducatons valaient 5 patagons. Des escalins au paon (pauwenschelling) de 6 patards (461), des triples patards (464), des patards et des demi-patards (466) furent également émis. Ce nouveau monnayage fut maintenu dans les grandes lignes jusqu’au milieu du 18e siècle.

(The couronne d’or or gold écu was struck again starting in 1614, in Brabant, Flanders and Tournai at the value of 3½ florins or 1½ patagon. The patagons and their divisions were maintained in circulation while the archdukes created in 1618 new silver coins, the ducaton and half ducaton with conjoined busts of the archdukes.The face value of the ducaton was sixty sols or a half souverain d’or and that of the half ducaton thirty sols. Therefore, four ducatons equaled five patagons. Other issues included the escalin (or shilling, worth six patards), triple patards, patards and half patards. This new coinage was maintained along these lines until the middle of the eighteenth century.)

A partir du règne des archiducs, l’usage de frapper des piéforts en poids double, triple ou même quadruple se généralisa, principalement du ducaton (428). Bruxelles émit également des doubles demi-ducatons (Elsen, vente 59, 1397) et des doubles patagons.

(After the reign of the archdukes, the practice of striking pieforts of double, triple or quadruple weight was restricted to the ducaton although Brabant struck a few double half patagons and double patagons.)

Philippe IV (1621-1665)

A l’expiration de la trêve en 1621, la guerre reprit entre l’Espagne et les Provinces-Unies. Le marquis de Spinola, général de l’armée espagnole, parvint à s’emparer de Breda en juillet 1625. La même année, Frédéric-Henri de Nassau prit Bois-le-Duc et Maastricht aux Espagnols. En 1628, l’amiral hollandais Piet Hein captura aussi dans les Antilles la « flotte d’argent » (de Zilveren Vloot), transportant près de 8.000.000 de florins. Les Hollandais reprirent Breda en 1637. A la Paix de Munster (1648), les Provinces-Unies signèrent une paix séparée avec les représentants de Philippe IV d’Espagne (1621-1665). L’Espagne accepta la fermeture de l’Escaut, ce qui asphyxia le port d’Anvers pendant une très longue période au profit de Rotterdam et d’Amsterdam. La guerre entre l’Espagne et la France continua jusqu’à la Paix de Pyrénées (1659) et les Pays-Bas méridionaux durent subir encore pendant onze années supplémentaires les malheurs de la guerre.

(On the expiration of the truce in 1621, the war between Spain and the United Provinces resumed. The marquis of Spinola, general of the Spanish army, besieged Breda in July 1625. The same year, Frederick Henry of Nassau took Bois-le-Duc and Maastricht from the Spanish. In 1628, the Dutch admiral Piet Hein captured the silver fleet in the Antilles, loaded with eight million florins in bullion. The Dutch recaptured Breda in 1637. At the peace of Munster (1648), the United Provinces signed a separate peace with Philip IV of Spain. Spain accepted theclosure of the Scheldt, strangling the port of Antwerp to the benefit of Rotterdam and Amsterdam. The war between Spain and France continued until the Peace of the Pyrenees (1659) and the southern provinces endured the suffering of war for many more years.)

Des doubles souverains, des souverains (lions d’or), des ducatons, des patagons et leurs fractions, mais aussi l’escalin, le liard et le gigot continuèrent à être frappés tout au long des règnes de Philippe IV et de Charles II. Philippe IV frappa également des couronnes d’or au soleil en Brabant (485) et en Flandre (994). La frappe d’un florin d’argent (ou tiers de ducaton) fut décidée par une ordonnance rendue à Bruxelles le 15 février 1631, qui prévoyait aussi de frapper des monnaies de deux florins et de 10 sols. Cette décision resta sans effet puisque les comptes monétaires de l’atelier d’Anvers ne renseignent aucune frappe du florin d’argent dont on ne connaît que le triple piéfort (à la masse du ducaton, collection Lasser, Elsen, vente 89, 11). La seule monnaie connue est le florin frappé à Bruxelles en 1631 à seulement 421 exemplaires (510).

(The double souverain d’or, the souverain or lion d’or, the ducaton, the patagon and its fractions, the escalin, the liard and the gigot continued to be struck through the reigns of Philip IV and Charles II. Philip IV also struck couronnes d’or au soleil in Branbant and Flanders. The issue of silver florins (or one-third ducatons) was decreed by an ordinance of February 15, 1631, at Brussels, with a plan to also strike double florins and ten sols. This decision remained without effect on monetary affairs as the Antwerp mint never struck the coin with the exception of one specimen known of triple weight (sold in Jean Elsen sale 89). The only true florin known is an issue of 421 examples from the Brussels mint in 1631.)

En Franche-Comté, l’atelier de Dole poursuivit l’émission de types locaux frappés depuis le règne de Charles Quint tandis que les monnaies de plus grande valeur en or et en argent étaient celles du système général. On y frappa notamment une rarissime couronne d’or en 1632 (764), des patagons (765) et demi-patagons (769). L’atelier de Luxembourg servit pour une émission de patagons (736), demi-patagons (744) et différentes divisionnaires.

(In Franche Comté, the mint at Dole continued the issue of local types struck since the reign of Charles V although the larger gold and silver coins were on the general system. We note an extremely rare couronne d’or of 1632, patagons and half patagons. The mint of Luxemburg servied for an issue of patagons, half patagons and their fractions.)

L’atelier d’Arras, fermé en 1593, fut aussi rouvert en 1623 pour y battre monnaie au nom de Philippe IV. La collection Huntington présente plusieurs types exceptionnels comme le double souverain de 1634 (699), le ducaton de 1635 (700) et deux piéforts du patagon, datés 1623 et 1624 (701, 703). La dernière monnaie espagnole frappée à Arras est le patagon de 1640 (711). La ville fut conquise le 8 août 1640 par l’armée française, Louis XIII nomma le duc de Chaulnes gouverneur de la ville et maintint l’atelier monétaire ouvert pour y frapper les types royaux : écus d’or, demi-franc, quart et huitième d’écu.

(The mint of Arras, closed in 1593, was reopened in 1623 to strike coinage in the name of Philip IV. The Huntington collection presents many exceptional types such as the double soverain d’or of 1634, the ducaton of 1635 and two pieforts of the patagon, dated 1623 and 1624. The last Spanish coin struck at Arras is the patagon of 1640. The town was taken on August 8, 1640 by the French army. Louis XIII named the duke of Chaulnes governor of the town and maintained the mint for French types such as the gold écu d’or, silver half franc, quarter écu and eighth écu.)

Comme sous les archiducs, plusieurs ateliers frappèrent des doubles, triples et quadruples patagons et ducatons comme pièces de présentation (489, 491, 494)

(As under the archdukes, many mints issued double, triple and quadruple patagons and ducatons as presentation pieces.)

Charles II (1665-1700)

Charles II n’était âgé que de 4 ans à la mort de Philippe IV. Son règne ne fut qu’une longue suite de malheurs pour les Pays-Bas méridionaux. Il ne put s’opposer aux ambitions territoriales de Louis XIV, ni à sa puissance militaire. Tirant prétexte du fait que le jeune roi était né du second mariage de Philippe IV alors que son épouse Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV, était elle née du premier mariage, le roi français invoqua dès 1667 le « droit de dévolution », un droit brabançon privé, qui donnait aux enfants du premier lit une partie de l’héritage paternel. Par ce droit de dévolution, Louis XIV revendiqua le Brabant et Turenne envahit aussitôt les Pays-Bas espagnols où il s’empara de plusieurs villes mal défendues, de Furnes à Charleroi, dont Tournai qu’il fit fortifier par Vauban la même année. Inquiètes de cette progression rapide, l’Angleterre et les Provinces-Unies formèrent avec la Suède une Triple Alliance pour forcer la France à négocier avec l’Espagne (janvier 1668). Louis XIV céda et le traité de Paix d’Aix-la-Chapelle (2 mai 1668) lui donna la possession des places acquises: Furnes, Bergues, Armentières, Courtrai, Menin, Lille, Douai, Tournai, Audenarde, Ath, Binche, Charleroi avec leurs dépendances. Mais le roi de France visait l’annexion militaire pure et simple des Pays-Bas espagnols. En 1672, l’armée française envahit à nouveau les Pays-Bas, prenant Maastricht (juin 1673), Valenciennes et Cambrai en 1677, Gand et Ypres en 1678. A la signature de la Paix de Nimègue entre les Provinces-Unies et la France (10 août 1678) puis entre l’Espagne et la France (17 septembre 1678), Louis XIV rendit Courtrai et Audenarde, Ath et Charleroi, mais il conserva la Franche-Comté, occupée depuis 1674, et reçut Ypres, Bailleul, Cassel, Aire, Saint-Omer, Valenciennes, Cambrai et Maubeuge. La frontière nord de la France était désormais défendue par d’importantes garnisons et des fortifications modernisées par Vauban. En juin 1684, l’armée française s’empara de Luxembourg. Après la victoire de Fleurus en novembre 1690, Mons tomba en 1691 et Namur en 1692.

(Charles II had not attained the age of four years on the death of Philip IV. His reign was a long train of disasters for the southern Low Countries. He was not able to oppose the territorial ambitions of Louis XIV nor his military power. Using as a pretext the fact that the young king was born of the second marriage of Philip IV whereas Louis’s wife Marie Therese was born of Philip IV’s first marriage, the French king invoked in 1667 the “right of devolution,” a Brabantian custom whereby the children of the first marriage were entitled to a share of the paternal inheritance. By this right of devolution, Louis XIV seized Brabant and Turenne invaded the Low Countries and captured many poorly defended towns, such as Furnes, Charleroi and Tournai. Tournai was fortified by Vauban the same year. Disturbed by this rapid advance, England, the United Provinces and Sweden formed the Triple Alliance to force France to negotiate with Spain (January 1668). Louis XIV obtained the treaty of Aix-la-Chapelle (May 2, 1668) which gave him possession of the conquered places: Furnes, Bergues, Armentières, Courtrai, Menin, Lille, Douai, Tournai, Audenarde, Ath, Binche, Charleroi with its dependencies. However, the king of France wished the outright annexation of the Spanish Netherlands. In 1672, the French army invaded again the Low Countries, taking Maastricht (June 1673), Valenciennes and Cambrai in 1677, Ghent and Ypres in 1678. At the signing of the treaty of Nijmegen between the United Provinces and France (August 10, 1678) and between Spain and France (September 17, 1678), Louis XIV returned Courtrai and Audenarde, Ath and Charleroi but kept Franche Comté, occupied since 1674, and received Ypres, Bailleul, Cassel, Aire, Saint-Omer, Valenciennes, Cambrai and Maubeuge.)

Les Pays-Bas méridionaux devinrent encore davantage le champ de bataille de l’Europe, où s’affrontaient les armées hollandaise, anglaise, allemande, autrichienne et française. Mal payées, ces armées vivaient sur le pays et rançonnaient les populations. Ces guerres virent aussi la première utilisation massive de l’artillerie contre les villes. Le maréchal de Villeroi détruisit ainsi Bruxelles en quatre jours (1695). La paix ne fut conclue qu’en 1697 par le traité de Rijswijk.

(The Low Countries became the battlefield of Europe, where the armies of Holland, England, Germany, Austria and France confronted one another. Poorly paid, the soldiers lived off the country and ransacked the populace. These wars also saw the first use of massed artillery against cities. The marshal Villeroi destroyed Brussels in four days. Peace was not concluded until 1697 by the treaty of Rijswijk.)

Sous Charles II, on continua la frappe de doubles souverains et de souverains ou lions d’or. Le souverain frappé à Bruges en 1685 est de la plus haute rareté (1001). En argent, on poursuivit l’émission de ducatons (dont un piéfort de poids triple, 549), patagons (piéfort de Flandre, 1005) et de leurs fractions. De 1652 à 1672, des pièces de 8 reales frappées dans les Amériques furent contremarquées de la Toison d’or pour circuler dans les Pays-Bas espagnols au cours de 48 sols, le cours du patagon. Les pièces de 4 reales contremarquées devaient circuler pour un demi-patagon (556).

(Under Charles II, the issue of double souverains d’or, souverains d’or continued. The souverain d’or struck at Bruges in 1685 is of the highest rarity. In silver, one sees ducatons, patagons and their fractions and pieforts. During 1652-72, the eight reales struck in Latin America were counterstamped with the Golden Fleece to circulate in the Spanish Netherlands at the value of 48 sols, the same as the patagon. Four reales were counterstamped to circulate as half patagons.)

Les premières pièces de huit souverains en or (ducaton d’or, gouden dukaton) de Charles II furent frappées en 1666 à Anvers et à Bruxelles pour être offertes au roi, au gouverneur des Pays-Bas et aux principaux membres des conseils collatéraux, à l’occasion de l’inauguration du roi. En 1687, l’atelier de Bruxelles émit une pièce de 8 souverains d’or au buste cuirassé du roi, les cheveux longs, portant le collier de la Toison d’or. Cette pièce est la première monnaie d’or frappée au balancier dans les Pays-Bas espagnols (Elsen, vente 62, 1032). La frappe mécanique n’y fut introduite qu’à la fin du règne de Charles II, alors qu’elle était d’usage depuis plusieurs décennies en France et en Angleterre. Elle offrait pourtant de nombreux avantages par rapport à la frappe manuelle (uniformisation et meilleure qualité de la production, main-d’oeuvre réduite) mais c’était précisément ce dont ne voulaient pas les monnayeurs, jaloux de leurs privilèges et anxieux de voir leur nombre diminuer. Après un premier essai anecdotique en 1684, l’atelier de Bruxelles commença la frappe de patagons et de ducatons d’argent au balancier en juillet 1686 jusqu’en 1688. Suite à un rapport négatif du maître général des monnaies, appuyé par le Serment des monnayeurs tout entier, on revint à la frappe manuelle. L’atelier de Bruxelles frappa encore en 1691 un patagon de facture soignée, au type intermédiaire (553). L’usage du balancier fut ensuite définitivement imposé. L’atelier de Bruges l’adopta en 1693 et l’utilisa pour l’émission de ducatons d’or en 1694 et de demi-ducatons d’or en 1696 (Elsen, vente 104, 577). Il n’y a aucune mention dans les comptes de la Monnaie d’Anvers ni dans ceux de la Recette générale des Finances du ducaton en or qu’Anvers fit frapper en 1698. La frappe fut extrêmement réduite et on n’en connaît que trois exemplaires (collection Veldeman = Elsen, vente 62, 1033).

(The first pieces of eight souverains d’or of Charles II were struck in 1666 at Antwerp and Brussels as gifts to the king, the governor and the principal members of the council on the coronation of the king. In 1687, the Brussels mint emitted a gold piece of eight souverains depicting an armored bust of the king with long hair, wearing the Order of the Golden Fleece. This was the first coin struck on the screw press in the Spanish Netherlands. This device was introduced at the end of the reign of Charles II after having been in use for decades in France and England. It offered many advantages over striking by the hammer (higher quality, less labor) but was resisted by mint workers fearful of losing employment. After a brief attempt in 1684, the Brussels mint commenced striking patagons and ducatons on the screw press from July 1686 to 1688. Following a negative report from the mint master, the mint returned to manual striking. The Brussels mint tried again in 1691 with a intermediate type of patagon. The use of the screw press was then definitely mandated. The Brussels mint adopted it in 1693 and used it for the gold ducatons of 1694 and the gold half ducatons in 1696. There is no mention in the accounts of the Antwerp mint or in the general ledger of the finance ministry of any gold ducatons made in Antwerp in 1698. The issue must have been small as only three examples are known (one sold in the Veldeman collection, Jean Elsen sale 62).)

Philippe V (1700-1712) et Charles III, prétendant au trône d’Espagne (1703-1711)

N’ayant pas d’héritier, Charles II choisit comme héritier Philippe, duc d’Anjou, second fils du dauphin et petit-fils de Louis XIV, à condition qu’il renonçât à ses droits à la couronne de France. Le duc d’Anjou monta sur le trône d’Espagne sous le nom de Philippe V et fut aussitôt reconnu dans les Pays-Bas espagnols. Le nouveau gouvernement espagnol était soumis aux intérêts français. Maximilien Emmanuel de Bavière, gouverneur depuis 1692, fut maintenu dans sa charge et autorisa l’armée française à installer des garnisons dans toutes les villes. Louis XIV s’assura ainsi la domination des Pays-Bas espagnols, qu’ils n’avait pu obtenir par la guerre. Le 7 septembre 1701, l’Angleterre et les Provinces-Unies formèrent alors la Grande Alliance de La Haye, une coalition contre Louis XIV dans laquelle entrèrent l’empereur, l’Autriche, et plus tard le duc de Savoie et le Portugal. Par ce traité, les contractants promettaient de faire les plus grands efforts « pour reprendre et conquérir les provinces des Pays-Bas espagnols, dans l’intention qu’elles servent de digue, de rempart et de barrière pour séparer et éloigner la France des Provinces-Unies comme par le passé, les dites provinces des Pays-Bas espagnols ayant fait la sûreté des Seigneurs Etats-Généraux jusqu’à ce que, depuis peu, Sa Majesté très chrétienne s’en est emparée et les a fait occuper par ses troupes ». La coalition réclama le droit d’entretenir des garnisons dans onze forteresses du pays pour établir une barrière à la frontière française. Suite au refus de Louis XIV, la guerre éclata à nouveau (1702). Toute l’Europe prit parti contre la France et les alliés résolurent de déposer Philippe d’Anjou et d’installer un Habsbourg, l’archiduc Charles d’Autriche, frère de l’empereur Joseph Ier, sur le trône de Madrid sous le nom de Charles III. Cette guerre de Succession d’Espagne dura plus de dix ans, les Pays-Bas méridionaux étant une fois de plus le principal théâtre des opérations.

(Having no child, Charles II chose as his heir Philip, duke of Anjou, second son of the Dauphin and grandson of Louis XIV, on condition that he renounce his rights to the throne of France. The duke mounted the throne of Spain as Philip V and was recognized by the Spanish Netherlands. The new government submitted to the French interest. Maximilian Emmanuel of Bavaria, governor since 1692, was maintained in office and allowed the French army to garrison all the towns. Louis XIV, assured of domination of the Spanish Netherlands, had no reason to go to war. On September 7, 1701, England and the United Provinces formed a Grand Alliance at La Haye against Louis, being joined by Austria and later Portugal and Savoy. By treaty, the parties promised their greatest efforts “to retake and conquer the Spanish Netherlands to make a barrier between France and the United Provinces to give surety to the United Provinces against the seizures and inroads of the most Christian majesty, the king of France.” The coalition reclaimed the right to garrison eleven fortresses in the country to establish a barrier on the French frontier. Following Louis’s refusal, the war began anew (1702). All of Europe took part against France and the allies resolved to depose Philip of Anjou and install Charles of Austria, brother of emperor Joseph I, in Madrid as Charles III. This War of the Spanish Succession lasted more than ten years and the Low Countries were one of the principal theaters of operations.)

La guerre contre la France et l’Espagne devint catastrophique pour la France à partir de 1706. Les Impériaux, les armées alliées commandées par Marlborough, chassèrent les Français du Brabant et de la Flandre en 1706, après la victoire sur l’armée française à Ramilies le 23 mai 1706. L’armée de Charles III occupa Anvers en juin 1706. L’armée française fut une nouvelle fois vaincue à Audenarde le 10 juillet 1708 et dut évacuer les Pays-Bas méridionaux. La place de Lille se rendit en décembre 1708 et le nord de la France fut envahi. Louis XIV proposa la paix au printemps 1709 en se résignant à la perte de la plupart des places des Pays-Bas mais les exigences des alliés étaient telles que Louis XIV décida de continuer la guerre.

(The war against France and Spain was catastrophic for France after 1706. The imperial and allied armies, commanded by Marlborough, chased the French out of Brabant and Flanders in 1706 after the victory over the French at Ramillies on May 23, 1706. The army of Charles III occupied Antwerp in June 1706. The French army was defeated again at Oudenaard on July 10, 1708 and forced to evacuate the Netherlands. Lille was taken in December 1708 and northern France invaded. Louis XIV sued for peace in the spring of 1709 and resigned most of the places he held in Belgium but the demands of the allies caused Louis to continue the war.)

Le 11 septembre 1709, les alliés emportèrent la victoire de Malplaquet et occupèrent Douai. Louis XIV demanda à nouveau la paix aux conférences de Geertruydenberg de 1710, sans plus de succès. Les armées alliées ne purent pénétrer en France qu’en assiégeant les places fortifiées par Vauban l’une après l’autre et les Anglais, lassés de cette guerre interminable et coûteuse, voulurent se retirer de la coalition qui se défit en 1710-1711.

(On September 11, 1709, the allied won the victory of Malplaquet and occupied Douai. Louis XIV demanded another peace conference at Gertrudenberg in 1710 but without success. The allied armies were unable to penetrate France and besieged Vauban’s fortresses one after the other. The English, tiring of an interminable war, left the coalition in 1710-11.)

A la mort de son frère l’empereur Joseph Ier (17 avril 1711), l’archiduc Charles, proclamé Charles III d’Espagne par les coalisés, devint l’empereur Charles VI du Saint Empire. Ne voulant pas reconstituer à son profit l’empire de Charles Quint, les Anglais signèrent avec la France les préliminaires de Londres (8 octobre 1711) et cessèrent le combat en juillet 1712. La paix fut d’abord signée à Utrecht entre la France et les Provinces-Unies le 19 janvier 1713, puis entre la France, l’Espagne, les Provinces-Unies, l’Angleterre et d’autres pays le 11 avril 1713. L’empereur ne se résigna à traiter qu’un an plus tard à Rastadt, le 6 mars 1714 et à Bade le 7 septembre 1714. Charles VI renonça à ses prétentions au trône d’Espagne mais conserva les Pays-Bas méridionaux et les territoires italiens. Ces traités d’Utrecht, de Rastadt et de Bade mirent fin à la guerre de Succession d’Espagne qui était réglée par un partage. Philippe V recevait l’Espagne et son empire colonial tandis que les possessions espagnoles d’Europe revinrent à Charles VI.

(On April 17, 1711, after the death of his brother Joseph, archduke Charles, proclaimed king Charles III of Spain by the coalition, became Charles VI, emperor of the Holy Roman Empire. Not wishing to reconstitute the empire of Charles V, the English signed peace preliminaries at London (October 8, 1711) and ceased fire on July 1712. The treaty of Utrecht was signed between France and the United Provinces on January 19, 1713, and between France, Spain, the United Provinces, England and others on April 11, 1713. The emperor finally agreed to peace at Rastadt (March 6, 1714) and at Baden (September 7, 1714). Charles VI renounced his claim to Spain but kept the Netherlands and the Spanish territories in Italy. By these treaties, the Spanish empire was partitioned. Philip V received Spain and the colonial empire while the European possessions went to Charles VI.)

Mais les Pays-Bas du Sud étaient occupés par les troupes des Provinces-Unies qui ne voulaient pas se retirer sans garanties. L’application pratique du transfert dépendait des négociations ouvertes à Anvers depuis la fin de l’année 1714 qui aboutirent à la signature du traité de la Barrière (15 novembre 1715). Les conditions très dures imposèrent aux Pays-Bas espagnols la présence de garnisons hollandaises dans sept places et forts. Les tarifs douaniers très lourds et le blocus d’Anvers furent maintenus. Charles VI prit possession de ses nouvelles provinces en 1717.

(However, the Netherlands were occupied by Dutch troops unwilling to leave without guarantees. The transfer of power was negotiated at Antwerp at the end of 1714 and the treaty of the Barrier was signed November 15, 1715. The Dutch were allowed to retain garrisons at seven fortresses, the blockade of Antwerp was maintained and heavy customs duties were imposed. Charles VI took possession of his new provinces in 1717.)

Les émissions monétaires au nom de Philippe V ne débutèrent à Anvers qu’en 1703. Une première émission de ducatons (au buste ‘antique’) fut rapidement interrompue car l’effigie du roi gravée par Roettiers « n’avait aucune ressemblance ». Un nouveau type fut adopté et immédiatement mis en circulation (559). Des patagons furent frappés à Anvers de 1703 à 1706 (562), en Flandre et à Namur, des demi-patagons seulement en Flandre en 1705 (1011). Philippe V fit aussi frapper à Anvers des ducatons en or (Elsen, vente 59, 1490) et des doubles souverains de 1703 à 1706 (voir les exemplaires de 1705, Elsen, vente 62, 1044, et 1706, Elsen, vente 59, 1491).

(The monetary issues of Philip V began at Antwerp in 1703. The first emission of ducatons (of the antique bust) were rapidly interrupted because the effigy of the king by Roettiers did not resemble him at all. A new type was immediately adopted and placed into circulation. The patagons were struck at Antwerp 1703-06, in Flanders and Namur, and half ducatons only at Flanders in 1705. Philip V also struck at Antwerp gold ducatons and double souverains d’or during 1703-06.)

Dès qu’il se trouva en possession d’Anvers, en juin 1706, Charles III y fit battre monnaie en son nom, principalement des patagons (563). Il fit aussi frapper des demi-patagons à Bruges en 1709 (1012).

(Once having possession of Antwerp, in June 1706, Charles III struck there coins in his own name, principally patagons. He also had half patagons made at Bruges in 1709.)

Florins et daldres au nom de Charles Quint dans les villes impériales

Le monnayage commun de Deventer, Kampen et Zwolle est particulièrement bien représenté dans la collection Huntington. Kampen frappa un florin d’or au saint Jean en 1525 (1312). En 1534, les ‘Trois Villes Impériales’ (de Driesteden), nom qu’elles se donnèrent à partir de cette date, ouvrirent un atelier commun à Deventer afin de conserver leurs droits de frapper monnaie qui étaient contestés par le pouvoir central à Bruxelles. Cet atelier émit des monnaies portant le plus souvent les armes des trois villes et la légende moneta nova trium civitatum imperialium. Une première émission de daldres en argent eut lieu en 1538, représentant le saint patron de chaque ville: saint Lebuin pour Deventer, saint Nicolas pour Kampen et saint Michel pour Zwolle. Dans le même temps, on frappa un très rare florin d’or au titre de Charles Quint (1270). L’atelier de Deventer frappa ensuite trois émissions de Karolusdaalders, au titre et au portrait de Charles Quint. La première émission le représente de trois quarts de face, de 1538 à 1542 (1271), la deuxième émission vers 1553 le montre de profil, tenant une épée (1281), la troisième émission est datée 1555 et se poursuivit jusque 1563. 18 exemplaires variés figurent dans la collection, dont un piéfort rarissime (1284).

(The common coinage of Deventer, Kampen and Zwolle is particularly well represented in the Huntington collection. Kampen struck a gold florin of St. John in 1525. In 1534, the “Three Imperial Cities”, the name they adopted from that date, opened a common mint in Deventer to assert their mintage right against the central power at Brussels. The mint issued coins usually bearing the arms fo the three towns and the legend “moneta nova trium civitatum imperialium” A first issue of silver daalders took place in 1538, representing the patron saint of each town, St. Lebuin for Deventer, St. Nicholas for Kampen and St. Michael for Zwolle. At the same time was struck a very rare gold florin in the name of Charles V. The mint at Deventer then made three issues of Carolusdaalders, in the name of and bearing the portrait of Charles V. The first type showed him three-quarters facing (1538-42), the second from around 1553 showed him in profile bearing a sword and the third type was minted 1555-63. Eighteen examples reside in the collection along with a very rare piefort.)

Des daldres impériaux furent aussi frappés dans d’autres ateliers, à Nimègue (1104) et dans les seigneuries de Batenburg (1100) et de Bergh (1103). De 1553 à 1556, Guillaume de Vlodorp (1553-1564) frappa à Reckheim des daldres et des demi-daldres au titre de Charles Quint (776-777). L’évêque de Liège Georges d’Autriche (1544-1557) fit aussi frapper dans son atelier de Hasselt un daler (735) et un demi-daler à l’écu mentionnant le nom de Charles Quint. Dans la seigneurie de Thorn, Marguerite de Brederode (1557-1577) frappa un daldre impérial en 1557 (788), mais l’empereur Ferdinand lui interdit toute émission monétaire en 1562.

(Imperial daalders were struck at other mints, at Nijmegen and the lordships of Batenburg and de Bergh. During 1553-56, William of Vlodorp (1553-64) struck at Reckheim daalders and half daalders in the name of Charles V. The bishop of Liege, George of Austria (1544-57) also struck at his mint at Hasselt a thaler and half thlaer mentioning the name of Charles V. In the lordship of Thron, Margaret of Brederode (1557-77) struck an imperial thaler in 1557 but the emperor Ferdinand banned such monetary issues in 1562.)

Les ateliers municipaux de Groningen, de Nimègue et l’atelier des Trois Villes Impériales à Deventer rouvrirent en 1577. Suite à la campagne militaire espagnole, l’atelier des Trois Villes fut déplacé de Deventer à Kampen en 1583. Il fut fermé en 1588 et chacune des villes rouvrit son propre atelier municipal. Kampen (1315) et Zwolle (1325) procédèrent vers 1600 à d’abondantes émissions de ducats et doubles ducats au type espagnol.

(The municipal mints of Groningen, Nijmegen and the Three Imperial Cities reopened in 1577. During the Spanish campaign, the mint at Deventer was moved to Kampen in 1583. It was closed in 1588 and no town reopened a municipal mint. Kampen and Zwolle made a large issue of Spanish style ducats and double ducats around 1600.)

Venons-en pour conclure à l’une des monnaies les plus spectaculaires de la collection, le double rozenobel ou souverain de Kampen, imitant vers 1600 le sovereign d’Elisabeth d’Angleterre. Cette belle et grande monnaie d’or montre la reine trônant de face avec les armes de Kampen à ses pieds et au revers les armes d’Espagne dans une rose (1313, illustré en couverture).

(We wish to conclude with one of the most spectacular coins of the collection, a double rose noble or souvereign of Kampen, imitating around 1600 the sovereign of Elizabeth of England. This beautiful and large gold coin depicts the reigning queen on her throne with the arms of kampen at her feet. On the reverse are the arms of Spain below a rose.)

--Jean Elsen

Source

This article is reprinted from the preface to Jean Elsen auction 115 (December 2012) with English translation added.